Le genre de monument que les Américains élèvent pour leurs (2) explorateurs
Une autoroute américaine. Le trafic roule à une vitesse folle, 110 (70 m/h) pour ce qui serait 80 chez nous pour pareille densité et j’ai l’impression d’avoir manqué la sortie que je pensais croiser après 20 minutes alors que ça fait une heure que je roule. Je tente de relire les indications pré-téléchargées dans mon iPhone, de comprendre la carte préalablement pliées sur le siège de l’helper, les voitures me dépassent, me klaxonnent, alors que je roule encore 100 (65 m/h).
Je suis en enfer.
C’est dans ces moments que je pense à eux, ceux-là que je pensais rencontrer dans mon voyage mais dont les Américains ne se rappellent que trop peu, mais plus que nous quand même (Il y a plusieurs monuments ici…). Français pour eux, Québécois pour nous. Avant les pionniers, les explorateurs, les pirates, les «river-men» (les raftmans!), les voyageurs.
Les Américains le savent eux-mêmes : leur histoire n’est pas tant celle des explorateurs. La plupart des fondateurs se sont installés sur une mince ligne, le long de l’Atlantique, étendant tranquillement pas vite leur emprise sur le continent. Leur grande histoire d’explorateurs à eux, c’est celle de Lewis et Clark. Et encore, ils avaient engagé, pour les guider, des Canadiens, plus familiers avec le territoire et habitués au contact avec les Indiens. Les Américains le reconnaissent, c’est nous qui avons arpenté ce continent.
Mais, nous, quand prenons-nous le temps de nous rappeler d’eux? Les Américains, comme nous mêmes, ont leur jour pour honorer leurs vétérans et leurs morts. Mais pourquoi n’y a-t-il rien pour les courageux, les aventuriers?
Pensez-y. Choisir de prendre la mer, pour une traversée dont on ne peut vous dire combien de temps elle durera, dont on ne peut vous dire en fait si elle aboutira. Trois, peut-être cinq semaines, voir trois mois, dans un fond de cale avec la vermine. Pour trouver quoi? Une terre en bois debout, peut-être bonne à cultiver, des hivers que l’on dit plus rude que le feu de l’enfer. C’est ce que chacun de nos ancêtres a osé affronter, mes amis.
Quand prend-on le temps de se souvenir d’eux?
Prenez. Je roule sur l’autoroute et après 20 minutes à douter de mon chemin, il faut que j’arrête pour regarder ma carte. J’essaie d’éviter de rouler la nuit, je trouve ça plus difficile quand je n’ai pas, en plus, mon sens de l’orientation (somme toute bon) pour m’aider.
Pensez à eux, ces capitaines, limités à dire : «Oui, nous verrons la terre bientôt…
- Oui, mais quand? Aujourd’hui? Demain?
- Je ne sais pas… Cette semaine, je l’espère…»
Pensez à ces gars-là, qui devaient eux-mêmes être rongés par le doute, talonnés par un équipage et une cargaison vivante qui les talonnaient de question. L’obligation de cacher sa propre inquiétude. Le leader que le Québec espère, s’il arrive, n’aura même pas un dixième de la détermination qu’il fallait alors pour garder le cap.
Et nous, collectivement, nous n’avons pas un centième du renoncement qu’il faut pour le suivre.
Pensez-y… Christophe Colomb, Amerigo Vespucci, John Cabot, Jacques Cartier, Vasco de Gamma, Magellan… Des noms, entendus ici et là dans nos cours d’histoire…
Ces gars-là, ce sont des héros, sacrament!
Et tous ceux qui ont été assez fous (ou assez désespérés…) pour les suivre!
Et ceux-là, probablement plus nombreux, qui ont tenté la même traversée et qui ont échoué, au sens propre comme au figuré. L’histoire se rappelle de ceux qui ont osé, qui ont planté un drapeau, jeté les bases d’un système colonial et qui sont revenus montrer leurs trouvailles au souverain qui les avaient financés. Mais je me rends compte aujourd’hui qu’il y en a certainement qui ont fait preuve de la même audace et qui ont juste faite patate et qui sont tombés dans les poubelles de l’histoire. Comme Lasalle, tué dans une mutinerie, après que son bateau se soit échoué dans l’actuel Texas. Pour un Européen du 17e siècle, c’est une mort aussi horrible et angoissante que de mourir seul sur la lune aujourd’hui.
J’en suis là donc. À dont sentir que je suis loin et que la route est longue et que je ne vois pas le bout de la prochaine étape. Mais mon propre stress est le seul que je doive gérer.
Et j’en suis là, à paranoïer sur les punaises de lit et les coquerelles, alors que je n’en ai pas encore vu une maudite, tandis que nos ancêtres ont passé leur temps à rencontrer plein de bebittes bizarres qu’ils n’avait pas pu voir sur Wikipédia.
Et j’en suis là, à trouver que 27 heures de route de chez nous, c’est loin en crime, alors que je sais très bien que, un coup bien mal pris, je serais à 3 heures d’avion de la maison, moyennant le fait d’abandonner mon cher Neon et quelques paires de bobettes. Pour nos ancêtres, c’était trois mois de route ou la mort. Y avait pas de CAA pour défourrer les canots d’écorce…
Et j’en suis là, à trouver les Américains difficiles d’approche, à ressentir la langue comme une barrière, alors que nos ancêtres ont réussi à fonder un pays en se mettant chumé-chumé avec des gens dont ils ne partageaient même pas la même civilisation.
Mes chers amis, Champlain, Joliette, Marquette, Lasalle, Radisson, D’Iberville, De Bienville, ainsi que tous les anonymes qui les ont suivis sont des héros immenses. Ils ont conjugué une audace, un courage, une foi, une ouverture sur les autres cultures admirables. Ces gars-là sont nos vétérans, nos gars à qui on devrait élever des statues et se garder un jour férié.
Mais non. Ce sont des noms, épars, que l’on entend dans nos cours d’histoire, des noms de rue. C’est ennuyant, entendre parler d’eux. C’est plate.
Pourtant, le récit de leur histoire est aussi palpitant que celle du Capitaine Jack Sparrow! Ils ont fécondé cette terre du son français qui nous fait aujourd’hui.
Et puisque les sources historiques ne me le permettent pas, et puisque leur rôle n’était pas celui qu’on racontait, dans l’histoire, je ne peux vous parler de leurs femmes, de nos mères.
Je me trouvais bien game : «Oui, oui! Je ferai la route avec mon Neon! Mais je me suis abonné au CAA…» C’était un défi que je lançais au destin.
Mais maudit, je n’ai jamais douté que je reviendrais! J’avais des recours!
Ces gens-là ont juste foncé. Ils faisaient face à la mort. Certains l’ont sans doute rencontrée. Mais pas de place pour ceux-ci dans nos séries télés et nos films. On préfère se raconter pour la cinquantième fois l’histoire de Séraphin ou du Survenant. Des beaux héros québécois positifs, comme on les aime. Amen.
Sérieusement, tous ces gens méritent plus qu’une mention éparse dans un cours d’histoire socio-constructiviste. Peut-être ne verrons-nous plus jamais, de notre temps, quiconque faire preuve de la même audace, du même courage.
Je ne vous apprendrai rien (il me semble que mes billets commencent souvent comme ça…) en vous disant qu’un des traits les plus marquants de l’identité américaine, c’est son patriotisme exacerbé. Un patriotisme qui prend souvent ses sources dans son glorieux passé militaire et dans une histoire assumée, constamment rappelée par une iconographie républicaine forte.
Chez nous, certains jalousent cette fierté collective. C’est la seule chose, d’ailleurs, que la droite style CHOI FM et les nationalistes ont encore en commun. Les premiers parce qu’ils se meurent d’en faire partie (notamment à cause des histoires de guerre), les seconds parce qu’ils voudraient que le Québec soit doté d’un récit collectif aussi fort et aussi largement partagé. «Je me souviens» serait peut-être une devise plus appropriée pour nos voisins d’en-bas que pour nous…
À gauche, ça agace. On y voit l’arrogance d’une nation impérialiste qui bombe à qui mieux mieux pour garder son hégémonie mondiale. Pourtant, serait-on choqué de voir le chef des Papou conclure une allocution en demandant à Dieu de bénir son peuple? Quand ça vient du président des États-Unis, ça en fait chier, parce qu’il se trouve à demander la protection pour un peuple qui apparaît n’en avoir aucun besoin.
Pourtant, une des choses qui me frappe le plus ici, c’est comment ce patriotisme, ce passé assumé n’est pas seulement l’affaire de la droite républicaine, style redneck, mais est également partagé par les plus libéraux.
Évidemment, j’ai une anecdote pour l’illustrer. Le quartier où j’habite ici s’appelle Lower Garden district. C’est une extension du très chic Garden district et, un peu comme le Mile-End par rapport à Outremont, c’est un quartier très branché. Boutiques de designers petits bars et cafés un peu trashy, resto vintage. Vous voyez le genre. Beaucoup de jeunes viennent de tout le sud des États-Unis pour vivre précisément là. C’est le Plateau du sud, en quelque sorte. L’endroit est reconnu pour la créativité qu’on y retrouve et pour des loyers très peu cher, le prix de l’immobilier ayant chuté depuis Katrina et la baisse de population, ce qui en fait un des centres urbains où se loger est le moins cher en Amérique. Quelqu’un m’a d’ailleurs raconté qu’il louait une maison de deux étages avec une cour pour 800$ par mois. C’est quand même vraiment pas mal.
Étant ici pour deux semaines, vous vous doutez bien que je me suis trouvé une sorte de Sainte-Angèle… Le «Garden District pub» est un endroit vraiment chouette, avec une bonne sélection de bières, où on joue à des jeux de société et où on écoute des vieilles séries américaines comme Cheers et Frasier lorsque c’est tranquille (D’ailleurs, comment ça se fait que je savais pas encore à quel point c’est bon, ces séries-là?). Les gens qui y travaillent sont jeunes, la plupart ont une «day job», dans une école où un resto. On y rencontre des cols bleus et des artistes. Plutôt «left-wing» comme place, donc.
Justement, hier, je discutais avec Kari, une artiste passionnée des langues qui connait un peu le français. Alors que les Américains, bien que décontractés et sympathiques (surtout dans le sud, tu marches sur la rue et les gens que tu croises te demandent «How are you?»), ils sont quand même plutôt taciturnes. Kari – petite, jolie, queue de cheval blonde, lunettes à large monture, un piercing à la lèvre – parle avec ses mains et rivalise de grimaces et de changements de voix quand elle raconte quelque chose. Voyez le genre? Sérieusement, elle est craquante.
Je lui dis que demain (aujourd’hui), j’irai visiter le musée national de la Seconde Guerre mondiale. (Il se trouve à New Orleans, parce que c’est là qu’a été produite la quasi-totalité des navires ayant participé au D-Day.) Elle me dit qu’il faut ab-so-lu-ment que j’aille voir le musée de la guerre de Sécession. C’est juste en face, c’est pas long d’en faire le tour et c’est vraiment bien. Je lui réponds que, malheureusement, c’est fermé le mardi et que je pars tôt de New Orleans mercredi matin. (Je reste plus longtemps, finalement…) Elle insiste. C’est vraiment important que j’y aille. C’est le plus vieux musée de New Orleans, c’est le plus vieux musée de la Guerre de Sécession et c’est un des seuls qui présentent la chose du point de vue du Sud.
Ici, je fais une pause. Je dois vous dire que je suis surpris de voir à quel point les Américains du sud assument le fait qu’ils aient déjà tenté de quitter le pays… Il y a des rues ou des monuments en l’honneur du général Lee dans toutes les villes et partout où Jefferson Davis (unique président confédéré) a passé, c’est indiqué («Ici, Jefferson Davis est mort.» «Ici, Jefferson Davis a passé une nuit.» «Ici, Jefferson Davis a mangé une patate frite.»). C’est quand même des gens qui ont voulu détruire le pays ça, au nom du droit de posséder des esclaves…
Il faut dire qu’il y a la théorie de la «cause perdue», pour expliquer la Guerre civile. Cette approche, que je ne suis pas sûr de comprendre tout à fait et dont mon ami Philippe Dubeau est un adepte, veut que les Sudistes n’étaient pas tant motivés par une vision raciste, mais par une volonté de défendre le principe général de l’autodétermination des États, face à un gouvernement fédéral qui cherchait à grossir. Robert Lee, fils de la Virginie, par exemple, après s’être vu offrir de diriger les forces de l’Union, ne peut s’y résoudre et va se battre pour le sud, par loyauté envers ses origines, bien qu’il soit contre l’esclavage. Après la guerre, il se fera d’ailleurs un grand défenseur des droits des noirs. Les leaders sudistes, donc, loin d’être des rednecks, auraient plutôt été des gentlemen menés par des motifs chevaleresques dans une guerre qu’ils n’avaient aucune chance de gagner, le nord étant plus industrialisé et les puissances étrangères soucieuses de rester neutres. (Il semble que le Vatican se soit montré sympathique à la Confédération toutefois. Décidément…) Une défaite assurée donc, bien que le sud ait eu les meilleurs stratèges et les soldats les plus dévoués, alors que les forces du nord étaient dirigées par des alcooliques et des sanguinaires.
Pour en revenir à l’insistance de Kari à m’envoyer visiter un mémorial sudiste, je lui fais donc part de ma surprise. (Je vous rapporterai notre échange en français. C’est moins compliqué pour moi et ça permet à tout le monde de comprendre.)
Je dis donc à Kari :
«Ça m’étonne comment, dans le sud, vous assumez la Guerre civile.
- Qu’est-ce que tu veux dire?
- Écoute… Je veux vraiment pas dire que c’est la même chose… L’esclavage, c’est vraiment une mauvaise chose, mais ce n’est quand même pas aussi pire que d’avoir des camps d’extermination… C’est pas pour rien que les Allemands vivent vraiment mal avec l’héritage des Nazis…»
Kari qui, comme je vous l’ai dit, n’a rien d’une redneck, n’a vraiment pas aimé l’image, je l’ai vu dans sa face…
«Non… C’est vraiment pas la même chose… Mais je comprends ce que tu veux dire. On a fait la guerre pour défendre ce qui va à l’encontre de ce qu’est l’humanité. Mais ici, c’est pas comme ça qu’on voit ça. Ce que les gens pensent ici, c’est plus que c’est le Nord qui nous a attaqué et qu’on a été forcé de se défendre. (L’hymne confédéré «Dixie», placé en entête, présente l’objet de la guerre comme «Conquer peace for Dixie».) Tu sais, le Sud n’est jamais revenu au même niveau de richesse et d’influence après cette guerre, le paysage a complètement changé…
- Ouais, mais justement! Je vais prendre un autre exemple, peut-être plus réaliste. C’est sur la manière avec laquelle vous assumez la défaite. Nous, au Québec, c’est vraiment difficile de vivre avec la Conquête anglaise… On a tous des interprétations vraiment différentes et ça fait en sorte que juste d’en parler, c’est compliqué. On est même pas capable de faire un monument en l’honneur de l’un des généraux d’une des armées sans mettre aussi le nom de l’autre général. (Je lui explique Wolfe et Montcalm.) C’est pas ici que tu verrais un monument Lee-Grant ou une rue Lincoln à côté d’une rue Davis.»
Je lui explique les différentes interprétations de la Conquête. Une que je dirais «nationaliste traditionnelle», selon laquelle la Conquête est une rupture, la fin d’un rêve, un traumatisme. C’est le viol de nos mères et la mise à feu de nos fermes, notre mise en état de minorité. Pour certains, c’est aussi l’abandon par la France.
Une autre, que je dirais fédéraliste (que je ne rejette pas complètement!) qui dit que la Conquête est un acte fondateur. Sans elle que serions-nous devenus? Que nous serait-il arrivé lors de la Révolution française? Serions-nous devenus un lieu d’exil pour la noblesse et le clergé qui en aurait fait une espèce de république de bananes féodale? Serions-nous encore un département français d’outre-mer? N’aurions-nous jamais acquis une liberté ne serait-ce qu’équivalente à celle que nous avons présentement? Sans l’approche juridique et les institutions britanniques, sans l’immense compromis de 1774 et, plus tard, la Confédération, aurions-nous pu protéger notre identité du poids américain, comme Jean Charest l’évoque souvent? Ceux-là aussi parlent de l’abandon de la France comme une manière de démontrer que la Conquête était inéluctable et qu’il vaudrait donc aussi bien l’embrasser.
Une autre conception que je nommerais «Caire/Radio X» présente la Conquête comme un fait positif, événement fondateur de notre lente intégration dans l’anglo-sphère, processus que nous aurions d’ailleurs intérêt à accélérer et à compléter au plus sacrant.
Encore une autre, que je nommerais approche «désincarnée/civique/Jocelyn-Létourneau» selon laquelle on s’en fout de la Conquête, qu’il faudrait en revenir et que, dans le contexte actuel, ce n’est plus pertinent de l’évoquer.
Et finalement, une cinquième, que je qualifierais de nationaliste moderne, portée par de jeunes historiens comme Éric Bédard, qui dit qu’il faut assumer la Conquête pour ce qu’elle est : un front parmi tant d’autres dans une des premières guerres quasiment mondiales entre de grandes puissances coloniales où, certes, nous avons combattu comme miliciens et dont nous avons vécu les conséquences au premier chef, mais qui n’était pas spécifiquement «notre» guerre. C’est surtout l’événement qui permet à un nouveau peuple de naître, ni français, ni anglais, ni américain. Une expérience unique, québécoise, qu’il faut embrasser. La Conquête est donc à la fois rupture et naissance. C’est le douloureux moment où le nouveau-né est arraché du corps de sa mère pour affronter un monde hostile, une existence remplie de périls et d’expériences parfois difficiles, mais où il devra nécessairement un jour assumer pleinement ses responsabilités en devenant adulte, par l’indépendance. (Ici, l’auteur que je suis prend un mouvement de recul et, avec satisfaction, avale une gorgée de bière pour se féliciter de la poésie de cette image si judicieusement choisie. Amen!)
J’explique ça succinctement à Kari donc.
«Alors, quand vient le temps de faire une commémoration de la Conquête, c’est toujours compliqué, on n’est jamais d’accord sur le sens à y donner, ça fait de la chicane…
- Ouais, je comprends ce que tu veux dire. Mais tu sais, c’est pas toujours contradictoire. Tu peux assumer que des gens ont souffert, qu’ils sont morts de façon cruelle, peut-être pour de mauvaises raisons, mais être fier du courage qu’ils ont manifesté alors. Tu peux aussi te dire que les symboles du Sud, le drapeau confédéré, les statues de Lee et de Davis, c’est ça qu’on a pour rappeler qu’on a une identité spécifique et une histoire distincte du reste des États-Unis. Et c’est vrai qu’on n’est pas vraiment pareil…
- Parce que, je me trompe peut-être mais, à mes yeux, les gens qui exacerbent les symboles du sud, ce sont aussi les Américains les plus patriotes, les plus républicains, ceux qui sont contre le contrôle des armes à feu et pour la guerre en Irak. C’était eux qui étaient contre l’entrée en guerre des États-Unis en 39… Pourtant, si le sud avait gagné, si l’Amérique n’avait pas participé à le deuxième guerre mondiale, vous ne seriez jamais devenus un pays aussi puissant et influent.
- Ben, c’est justement. Tsé, y en a encore des vieilles personnes pour qui «the south will rise again». Mais en gros, ce qu’on se dit c’est que, toutes nos batailles, tous nos débats, tous nos conflits, toutes nos erreurs même, c’est ça qui fait ce que l’on est aujourd’hui. Et on aime ce que l’on est. Alors on vit avec.»
Wow. Serait-ce donc là le meilleur moyen de bien vivre avec son histoire? De tout embrasser, de tout prendre, sans distinction? Intéressant…
Je finirai sur une anecdote historique qui l’illustre peut-être bien. Quelques jours après la capitulation du sud (et quelques jours avant d’être assassiné…), Lincoln se rend à Richmond, capitale confédérée, en quelque sorte pour prendre acte du retour de ces États sous l’autorité de l’Union. Avant de reprendre le train, une fanfare militaire confédérée a été conscrite pour saluer le départ du «de nouveau légitime» président. Disons que ça ne tentait manifestement à personne d’être là…
Alors que l’orchestre vient de subir l’humiliation de jouer «Battle hymn of the republic», l’hymne de l’armée de l’Union (oui, pour nous, c’est une chanson de Noël…), Lincoln pose un geste qui en surprend plusieurs. Il s’approche du chef d’orchestre et lui demande : «Joue-moi Dixie.» (C’est un air superbe, que je me sentais d’ailleurs coupable d’aimer avant d’entendre cette anecdote parce que, lorsqu’on le cherche sur Youtube, il apparaît avec des liens de suprémacistes blancs…) Bref, surpris, les musiciens s’exécutent, certains d’entre eux pleurent, même. Lincoln venait de leur dire : «C’est correct, je vous laisse vos symboles, votre drapeau, vous avez le droit d’être fiers de ce que vous êtes, vous n’avez pas à avoir honte de la guerre que nous nous sommes menés.» (Sérieux, comme move de réconciliation, c’est niveau Mandela ça…)
Ceci dit, pendant que l’orchestre joue, Lincoln, fin politique et blagueur impénitent, se tourne vers son Secrétaire à la guerre et lui dit : «C’est vraiment une bénédiction qu’on ait gagné cette guerre… Non seulement on a récupéré tous nos États, mais en plus, on a récupéré cette excellente chanson!»
Bref, les symboles confédérés sont des symboles américains, eux aussi. Pour le meilleur et pour le pire. Je ne pense pas que, pour les gens du sud, l’anecdote de Lincoln ait cette valeur mais, à mes yeux, par ce geste, il a fait en sorte que ce soit le cas.
Et c’est peut-être pour ça que, contrairement à ce qu’on pense au Québec, le patriotisme américain n’est ni de droite, ni de gauche. Parce qu’on y a cette capacité de vivre avec le passé.
Plutôt que de rejeter ou de jalouser ce patriotisme, peut-être devrait-on s’en inspirer davantage. À mon avis, le Québec serait réellement un endroit meilleur si les gens de Radio X étaient aussi fiers d’être québécois que les Américains le sont et si les gens de gauche prenaient encore appui sur notre identité nationale pour convaincre les Québécois de se mettre en commun.
Réagissant à un récent billet où je confiais mon désarroi, mon ami André-Pier Bérubé m’a envoyé un gentil message. Il m’y disait notamment de faire attention à mes fautes. (Il a parfaitement raison… Malheureusement, je ne peux faire comme d’habitude, soit imprimer mes textes pour les relire, en plus d’avoir présentement à composer avec un nouveau clavier et un nouveau logiciel. J’essaie de m’améliorer, avec l’aide d’André-Pier, que je remercie. Quand vous voyez des fautes d’ailleurs, n’hésitez pas à m’écrire un message privé, ce sera très apprécié.)
Je disais donc que mon ami André-Pier m’avait envoyé un gentil message où il me dit la phrase suivante, que j’ai beaucoup méditée : «Tu découvres des choses que les gens qui ne voyagent pas ne connaissent pas.» Avant qu’il ne me l’écrive, je n’aurais jamais eu la prétention de penser une telle chose. (Vous connaissez ma rengaine : «Je ne pars pas en Afrique, je ne pars pas pour un an, etc…») Ceci dit, en réfléchissant à sa phrase je me rendais bien compte que, oui, je sais maintenant des choses sur moi et sur la vie en générale que je ne connaissais pas avant d’avoir entrepris ce voyage.
Un bon exemple, c’est le stress du voyage. Je vous l’ai écrit ici à quelques reprises, peut-être en privé à certains, mais j’ai de la difficulté à trouver les mots pour bien expliquer le stress que j’ai souvent ressenti et l’intensité avec laquelle je l’ai vécu. Ça a surpris plusieurs d’entre vous. Quelqu’un m’a tout aussi gentiment écrit : «Sois l’audacieux que je connais!», moi qui aime la pression, qui me sens meilleur quand je la ressens, en fait.
Eh bien, je vais vous raconter une anecdote que je viens tout juste de vivre qui exprime bien le genre de stress niaiseux, mais complètement justifié (c’est moi qui le dis…) que l’on peut ressentir en voyage.
Ma mère et ma soeur pourraient vous le dire : j’ai toujours la tête pleine. Jamais, jamais, jamais je ne dors quelque part sans y oublier quelque chose. Une prise de cellulaire ici. Une chemise là. Un manteau ailleurs. Ma mère m’a même déjà dit que, si ma vessie n’était pas à l’intérieur de mon corps, je l’oublierais tout le temps à la salle de bain.
Aussi, je me connais. Alors, depuis le début de ce voyage, à chaque fois que je pacte mes affaires dans un endroit pour reprendre la route, je passe toujours la première heure à lâcher la pédale de gaz aux dix minutes. «Mon laptop!» Ok, je l’ai mis dans mon sac… «Mon iPhone!» Ok, il est dans ma poche! «Mes articles de toilette!» Ok, je les ai ramassés, je me rappelle les avoir essuyés avec une serviette avant de les ranger. Je passe ensuite le reste de la route à me demander si, à telle distance parcourue (une heure, deux heures, trois heures sur la route…), ça aurait encore valu la peine de rebrousser chemin pour récupérer mon bien.
C’est toujours comme ça. Je m’en viens pas pire, toutefois. Maintenant, je règle tout ça one shot : «Mon laptop, mon iPhone, l’extension de mon laptop, ma prise de iPhone, mes écouteurs, mon sac à dos, mon stock de toilette, mon rasoir.» Quand je vais en Louisiane, je mets dans mon ptit panier…
Il y a ça aussi. J’ai dit dans un précédent billet à quel point les biens matériels restreignaient notre liberté. Ce n’est pas juste vrai pour les condos… C’est vrai pour les cossins de Steve Jobs aussi. Je trimbale pour une couple de milles de stock sur mes épaules… Ce n’est peut-être pas l’idée du siècle, mais comment ferais-je pour vous écrire de si beaux billets sinon? Et encore, j’ai décidé de ne pas traîner mon appareil-photo et de m’en remettre à mon iPhone. Ça fait une affaire de moins à perdre ou à se faire voler.
Bon, bref, en arrivant à la New Orleans, je me félicitais d’y être enfin. Plus encore, d’y être parvenu sans encombre. Le Neon a été A-1, je n’ai pas eu de contravention, j’ai généralement dormi dans des endroits propres et, en plus, je n’ai rien perdu.
Mais, j’y pense… J’oublie TOUJOURS quelque chose en partant de quelque part. (D’ailleurs, en quittant le Québec, c’est ma prise de rasoir que j’ai oubliée. J’ai dû m’en racheter un autre… En plus de mon Lonely Planet USA que j’avais annoté.) Alors, moi qui oublie quelque chose à la moindre escale chez ma soeur, les probabilités que, dans un trajet de plus de 3000 km, avec des arrêts dans sept villes différentes, je n’aie absolument rien perdu avoisinent le zéro absolu.
Alors je me suis mis à repenser. Mon laptop. Mon iPhone. Mon (nouveau) rasoir. Mon stock de toilette. Mes prises et mes fils. J’ai oublié quelque chose, c’est sûr, mais quoi?
Et alors, j’ai allumé. Ça fait un sacré bail que je n’ai pas vu mon passeport…
Le stress a aussitôt explosé. Certains d’entre vous le savent, j’ai récemment eu une mésaventure à ce sujet…
Je me mets à penser. Où ai-je mis mon passeport déjà? Je l’avais sur moi au départ, à Detroit, juste après avoir passé les lignes, mais je m’étais dit que traîner sur moi un truc qui valait plusieurs milliers de dollars sur le marché noir dans une des villes américaines les plus dangereuses n’était peut-être pas très judicieux…
Je me suis souvenu l’avoir mis dans mon sac à dos par la suite. Mais, me disant que c’était en fait l’objet que j’étais le plus susceptible de perdre ou de me faire voler, le traînant partout avec moi, ce n’était pas non plus le meilleur choix.
Je me souviens distinctement de l’avoir remis dans ma valise, dans mon coffre de voiture. Je pense que c’était à Chicago. Depuis le début du voyage, je laisse ma grosse valise dans l’auto et je me fais un sac chaque jour. C’est sécuritaire, c’est comme un coffre-fort portatif, j’ai un Neon. Sérieusement, si quelqu’un vole mon Neon, je ne pourrai pas lui en vouloir. Il a manifestement davantage besoin d’un véhicule que moi…
Donc, ce passeport… Je vais dans mon coffre à tous les jours et je ne l’ai pas vu depuis Chicago. C’est vrai que c’est rendu un fouillis… Entre mon linge sale, les souvenirs que j’ai achetés, la paperasse que j’accumule (une carte ici, une brochure là), je ne m’y retrouve plus vraiment.
Il faudrait que je fasse le ménage de mon coffre. Que je le vide et que je le remplisse à nouveau. Ça prendrait ça. Au moins. Mon passeport est sûrement là.
Mais je procrastine. Ça me stresse. Je suis terrifié de ce que je pourrais ne pas trouver. J’ai déjà perdu un passeport une fois, en France. (En fait, je pense que c’est un compagnon de voyage qui l’a jeté par inadvertance, mais bon…) On m’avait alors dit que si j’en perdais encore un, j’aurais vraiment de la difficulté à en obtenir un à nouveau. Je vais être pris au Canada toute ma vie. Bouhouhou… Mais faut encore que j’y rentre… Il va falloir que je trouve un consulat. Dans quelle ville? Ça va être compliqué… Va falloir que je fasse un changement dans mon trajet. Halalala… «Chu tellement dans marde…»
Et je procrastine encore, déployant, pour ce faire, une énergie supérieure à celle émise par le soleil.
«Demain, je fouille mon coffre.» Mais le lendemain, je me lève trop tard, je ne veux pas manquer ma journée. Too bad. «Demain…» Le lendemain, je suis sur la route. Le lendemain, je suis à Baton Rouge et je ne sens pas le quartier assez fiable pour y vider tous mes avoirs. «En rentrant à New Orleans.» Mais quand j’arrive, il fait noir.
Mais chaque jour, je vais dans mon coffre pour faire mon sac. Je jette un oeil. «Peut-être dans cette poche…» Pas là. «Peut-être avec mes livres.» Ce serait vraiment logique… Mais il n’est pas là. Quand aurais-je pu le perdre? En faisant mon lavage, à Memphis? Quand j’ai jeté plein de paperasse, à St. Louis?
Et le stress monte, je ne pense plus qu’à ça. Et subitement, hier, j’apprends qu’une personne proche de moi s’est fait cambrioler. Le stress monte encore d’un cran. «Pis moi, j’ai perdu mon passeport, maudit moron! Je le savais que j’étais ben que trop distrait pour faire un voyage comme celui-là. Tu parles d’une idée!»
Alors ce matin, ça ne pouvait plus attendre. J’ai décidé de faire mon lavage, que ce serait une bonne occasion. Mais encore là, je glande. J’ai vraiment peur. Peur d’obtenir la confirmation que je me suis mis dans le trouble, une bonne fois pour toutes, après avoir si bien évité les embûches jusqu’ici. Mon lavage est dans la sécheuse. Ne reste que quelques pages à mon livre, je ne vais pas m’arrêter, quand même, hein? Et je vais dîner. Et finalement, je rentre à l’hostel. Plus d’excuse possible…
Je commence le ménage de ma voiture. Systématique. De l’avant jusqu’à l’arrière. D’abord, jeter tout ce qui traîne. Et je fouille l’habitacle (coffre à gant, etc…). Je commence en fait par les endroits où il a le moins de chances d’être, repoussant le moment où j’aurais la confirmation de ce dont je suis de plus en plus certain. Je fouille mon sac à dos, où je sais qu’il n’est pas… Y a donc ben des poches et des replis dans ce sac là! Sérieux, ça frôle le masochisme.
Alors, finalement, ayant épuisé tout moyen dilatoire, la mort dans l’âme, j’attaque la valise. Je sue à grosse goutte. Je la sors de mon véhicule. Je la rentre dans l’hostel, l’installe sur la terrasse. Je m’assois devant, la regarde. Je fume une cigarette. Mon coeur bât la chamade. Et je me lance.
Première poche, sur le dessus, celle qui est comme plate, une espèce d’enveloppe. Ça aurait vraiment été une bonne idée de le mettre là… Sûrement que je ne l’ai pas mis là, je m’en souviendrais… Je tâte le dessus. C’est mou. Je sens les vêtements en dessous. Puis j’ouvre la fermeture éclair…
Et mon passeport est là.
Il m’attend. Il me sourit. Je m’en saisis et, langoureusement, presque érotiquement, je dépose mes lèvres humides sur les «royales» armoiries de la page couverture. Même Stephen Harper en aurait eu des frissons… Je le remets là où je l’ai pris respectueusement. Je suis ému. Je referme la fermeture, recueilli. «Je suis donc ben bon! J’ai pas perdu mon passeport! Nanananeunèreu! Proud to be canadian!»
Alors c’est ça. Vous venez de lire le pire billet de blogue de l’histoire : «L’histoire du gars qui était sûr d’avoir perdu son passeport mais qui l’avait pas perdu finalement.»
Mais c’est juste pour vous illustrer le genre de stress et d’insécurité absurdes qui peuvent nous affecter lorsqu’on est loin de chez soi et que nos recours habituels ne sont pas disponibles.
J’ai appris ça de mon voyage donc. J’avais peur avant de partir. J’ai eu peur souvent depuis que je suis parti. Mais méditons cette pensée de Socrate (Est-ce vraiment lui? Je ne suis pas sûr…) : Le courage, ce n’est pas de ne pas ressentir la peur. Le courage, c’est de ne pas laisser la peur nous empêcher d’agir.
Et surtout, de ne pas laisser la peur nous faire stresser pendant une semaine parce qu’on pense avoir perdu notre passeport…
C’est dimanche aujourd’hui. J’en profite pour rompre une tradition (deux semaines, hou!) que j’ai établie depuis le début de mon voyage. Habituellement, je prends cette journée pour relaxer, m’installer dans un café, écrire, regarder le monde vivre. J’ai fait ça à St-Louis (pas une journée perdue, y a rien à faire là…) et à New Orleans. Mais aujourd’hui, pas question de laisser le bon temps s’effacer, je m’en vais voir les Saints au Superdome!!! The Saints are coming, gang, pis moi avec!
Je ne vous apprends rien, mais le football fait figure de religion ici (dans un pays qui n’en manque pas). Je suis chanceux, pour moi, les événements se succèdent. Hier avait lieu le «match du siècle», dans le football universitaire. S’affrontaient la meilleure équipe de la nation, les Fighting Tigers de Louisiana state university (LSU) et la deuxième meilleure, le Crimson tide de l’Alabama (Bama). Événement rarissime s’il en est un, puisque la complexité du calendrier du «college football» américain ne permet pas à certaines équipes, même voisines, de se rencontrer régulièrement. Ajoutez à cela une rivalité historique (le coach de Bama, anciennement de LSU, détesté par les Louisianais de leur avoir fait faux bon) et la ville est football!
C’est dur à imaginer. C’est comme si, au Québec, tout le monde devenait fou à cause d’un match entre le Rouge & Or et les Carabins ou, pour être plus près de la réalité, entre les Remparts et les Saguenéens. Sommes-nous vraiment amateurs de hockey ou sommes-nous tout simplement fan de Canadien? À méditer.
Parce qu’ici, ils connaissent leur football. J’écoutais le match dans un pub et j’entendais les gens commenter, ça enrichissait mon expérience. «Permettre un marche de 17 verges, si proche des buts, c’est inacceptable!» «Pourquoi ils essaient encore au sol? Sont à 7 verges des buts et y a rien qui passe de toute façon! – C’est parce qu’ils veulent garder le ballon dans le milieu du terrain, mon amour.» (Le dernier exemple, c’est une fille qui répondait à son chum!)
Finalement, tout un match. Un duel de défensive (pas le plus excitant, mais c’est ce qui fait gagner des championnats, y paraît….), des interceptions (Charles Plourde aurait aimé ça…), une prolongation (rarissime au football, ce qui confirme encore plus que c’était le match du siècle…) et, surtout, le sentiment qu’aucune équipe n’a déclassé l’autre, qu’elles sont à peu près équivalentes. La rivalité est intacte. (Ça a fini 9-6 pour la Louisiane. Bourbon street était ben contente…)
Alors, aujourd’hui, les Saints. J’ai acheté mon billet avant de partir. Ça devrait être un gros match. D’abord, il faut savoir que les Saints ici, c’est très important. Misant sur un branding à forte consonance identitaire (le «Fleur-de-lys», une référence au catholicisme, les cris de ralliement évoquant le français «Who dat!» et «Geaux Saints!»), un passé de perpétuels perdants rompu dans l’épiphanie par la victoire suprême au Super Bowl de 2010, le tout dans la foulée de la reconstruction post-Katrina (le domicile des Saints, le Superdome a accueilli les sinistrés). Vous avez tout qu’il faut pour que la ville soit folle de ses Saints.
La game d’aujourd’hui est très importante. D’abord, les Saints jouent contre les Buccaneers de Tampa Bay, équipe rivale contre laquelle ils batailleront jusqu’à la fin de la saison pour le première place dans la division sud de la conférence nationale (c’est très important pour les séries). Lors de leur dernier affrontement, le 16 octobre, les Bucc’s ont eu le meilleure. Ce sera tendu, donc. (Salutations à Sébastien Marcil, ami, collègue et fan de Tampa Bay!)
En outre, dimanche dernier, les Saints ont mangé une volée. 31-21. Pire équipe de la NFL cette semaine-là. Lundi, jour de l’Halloween, les journaux titraient «Scary movie!». Le tout alors que, comme je le disais, le classement est très serré dans la division sud (les Falcons d’Atlanta sont dans la course aussi). Inacceptable pour une équipe qui aspire au championnat. (Partout en ville, on peut lire «Do DAT again!»
Alors cette semaine, je suis assis au comptoir dans un bar, je jase avec la barmaid. Je lui dis que j’ai un billet pour les Saints, dimanche. Aussitôt, elle se renfrogne, son visage se ferme. «It should be a very good game…», me dit-elle. Je lui réponds : «Yeah! And, as I understand, they must win…» Elle conclue, décidée : «They’re better to.» Et moi qui pensait qu’on était dur avec Canadien!
Alors c’est ça. Je devrais avoir droit à un bon match. On dit souvent de gens qu’ils sont «bon public». Moi, pour l’instant, je suis bon touriste. Je m’immerge dans toutes ces expériences bien américaines avec une candeur proverbiale.
Alors maintenant, je vous quitte, j’ai une autre tradition bien américaine à expérimenter : le tail-gate. Je l’ai dit, les Américains sont religieux. Paraît que c’est comme une grande messe païenne!
Je l’avais promis, mais j’ai besoin de le faire pour pouvoir parler aisément de différents trucs que je rencontre ici. Il importe aujourd’hui de faire une distinction entre certains groupes qui sont souvent mentionnés sur ce blogue et dont l’histoire et la culture se réverbèrent tant dans la bouffe, que la musique, l’architecture et l’etcetera…
Il s’agit des Créoles, des Cajuns, des Américains et des Africains. Ces termes existent tous dans notre langage à nous, mais ils n’ont pas exactement la même signification ici-bas.
D’abord, les Créoles. (Véro : On dit «khri-all») Ça commence mal, ce sont les plus compliqués. Ça regroupe plus ou moins les descendants de presque tous ceux qui étaient là avant l’achat de la Louisiane à la France par les États-Unis en 1803, sauf les Acadiens (mais des fois oui…). Ce sont donc les descendants des Français et des Espagnols qui ont colonisé la Louisiane. Ça comprend nécessairement les Canadiens (De Bienville et sa gang…), mais eux, jamais personne ne les mentionne, on les assimile ici aux Français. Très métissés, ça comprend également certains descendants d’esclaves émancipées (les gens de couleur libres, «free people of color»). Disons que les propriétaires d’esclaves aimaient sauter la clôture… et la servante. Certains ont même reconnu les enfants nés de ces unions. Ainsi, les uniques détenteurs du patronyme «Du Parc» en Louisiane sont tous noirs… Mais, même avec les prétendus «blancs», on remarque souvent sur certaines photos anciennes certains traits ou une certaine teinte… Très compliqué, donc, ça se recoupe beaucoup. On parle de créole blanc, de créole noire, de créole espagnol. Nulle part on n’en donne la même définition… On y inclue parfois aussi certains autochtones dont la langue actuelle est le français, les Houma. Sinon, pratiquement plus aucun créole ne parle encore français.
Les Cajuns maintenant. (Véro : On dit «ké-dginse») Les Acadiens, en fait. Devenus «cadiens» aux États-Unis, prononcé à l’Américaine, ça fait «cajun». Ceux que j’ai rencontrés se disent «Acadiens», toutefois. Arrivés ici après la déportation (un Américain m’a dit avant-hier : «Cajuns, they’re your folks, right?»), ils se sont installés dans l’ouest de l’État, encore vide, pour occuper les bayous et les prairies. Ils se distinguent eux-même ainsi entre eux sur cette base. Les premiers vivaient plus de pêche, de l’élevage des huîtres et des écrevisses, les deuxièmes de la trappe et de l’agriculture (riz, élevage du porc, bétail). Aujourd’hui, 200 000 d’entre eux déclarent encore que le français est la langue qu’ils parlent à la maison. Ils écoutent Radio-Can et connaissent la même musique que nous. Leur accent est plus proche du nôtre que de l’accent acadien, à mon oreille en tout cas. Mais ce n’est pas tout à fait la même langue… C’est dur à dire, parce que les jeunes qui le parle ont souvent eu des profs français ou québécois, alors ça varie d’une personne à l’autre. Tricottés serrés, ils ont l’air de tous ce connaître. Un gars m’a donné l’adresse de Zachary Richard et m’a dit de passer le voir sans gêne, que ça lui ferait plaisir. Comme ça, de même. (C’est pas comme ça que j’ai été élevé…) Certains noirs se sont joints aux Cajuns des prairies, on les appelle les «black cowboys».
C’est souvent entre ces deux groupes, les Cajuns et les Créoles, que survient la confusion. D’abord, quand les Américains sont arrivés, ils se sont parfois mis à inscrire les Cajuns comme Créoles, ne faisant pas vraiment la différence entre les deux groupes, ce qui créent des problèmes pour certains, quand vient le temps d’étudier leur généalogie. Eux-mêmes ne savent pas trop comment se percevoir les uns les autres. Certains Créoles voudraient se réapproprier le français, les Cajuns craignent d’y perdre leur spécificité. Défendre seulement la langue ou l’ethnie? Questions qui trouvent écho chez nous… Eux aussi doivent apprendre à faire passer la culture avant la génétique.
On confond souvent leur cuisine… Moi-même, je ne sais pas si je suis capable de faire la différence. Disons que, pour ce que j’en comprends, la cuisine créole est très épicée, la cuisine cajun ressemble à la nôtre (dans un livre, j’ai vu une recette de pâté à la viande, ici, ils appellent ça «tourtière»… vraiment louche…), mais avec les produits d’ici, principalement des charcuteries, du gibier, des crevettes, du poisson-chat, des huîtres et les incontournables écrevisses. (Ceux qui connaissent mes goûts comprennent donc que je mange beaucoup de saucisses depuis mon arrivée…) Le running gag sur la cuisine cajun, sert de titre à un livre de cuisine que l’on trouve partout : «Are you catholic? Who is your mama? Can you make a roux?» Le concept du «roux» qui semble faire bien rire tout le monde est la base de plusieurs recettes ici, comme l’étouffée (de crevette, d’écrevisse et etc…) et le gumbo (de crevette, de saucisses et etc…). Oui, du gumbo, comme en Afrique! Introduit par les esclaves, un autre truc très local.
Prochain groupe, il y a les Américains. (Véro : «A-mé-ri-cane«) Ce sont ceux qui, après l’achat de la Louisiane, sont venus s’installer dans la région. Initialement, il y avait une très forte rivalité entre les Créoles et les «Yankees». Les premiers, fils de nobles ou de prisonniers déportés, étaient perçus comme paresseux, trop raffinés et trop fêtards par ces protestants pieux et travaillants. Il faut dire que, arrivés précédemment, ils possédaient déjà les meilleures terres, les mieux drainées, les plus près des axes de communication. Le côté pratique et le sens de l’organisation anglo-saxon étant ce qu’ils sont, ils prendront progressivement le dessus, politiquement et financièrement. Bien qu’à la fin du XIXe siècle le français soit toujours largement majoritaire en Louisiane, survient en 1928 une catastrophe : enfin maîtres de la législature de l’État (les noirs étant empêchés de voter par toutes sortes de stratagèmes comme la «poll tax», ils ne pouvaient joindre leur force électorale à celle de leurs anciens maîtres devenus alliés), les Yankees adoptent une nouvelle constitution de l’État. L’enseignement du français sera désormais interdit, de même que son usage public. C’est le début de ce que l’on appelle chez nous la «louisianisation». (Mais on dit pas ça ici… Ça aurait pas vraiment de sens.)
Un petit apparté sur l’architecture. Habitués de vivre dans cette contrée marécageuse, les créoles avaient développé une architecture très simple pour construire des maisons où l’air circulait bien, dont le rez-de-chaussée de maçonnerie, profondément enfoncé dans le sol, constituait la cave. La maison à proprement parler repose sur ce solage, renforcée de piliers, et la simplicité de l’ensemble est compensée par de superbes galeries en fer forgé et de jolies couleurs vives. Rien de ça chez les Américains, qui s’installent dans Garden district, à l’ouest du quartier français surpeuplé. Les riches propriétaires (on possède une plantation en campagne et une maison à la ville) s’y font construire des cabanes qui rappellent «Autant en emporte le vent» : immense colonnade à la grecque, sobriété classique, couleurs ternes.
Finalement, un dernier groupe, les Africains. C’est celui dont on parle le moins ici, le moins documenté on dirait. Tenus à l’écart de la vie publique, astreints au labeur, ceux qui en son sein sont parvenus à s’en sortir étant assimilés aux Créoles. On retient toutefois que, emportant de l’Afrique certaines de ses traditions, le peuple noir en crée de nouvelles. Ses contes passent dans le folklore américain, son animisme rencontre le catholicisme pour créer le voodoo (une magie blanche bien plus que noire, comme on voulu le décrire les religieux de l’époque…), amènent des ingrédients qui, comme le gumbo, permettront aux cuisines créoles et cajuns de s’amalgamer. Mais surtout, savoureuse ironie de l’histoire, c’est à eux que l’on doit la plus grande contribution de l’Amérique au patrimoine culturel de l’humanité, soit le jazz, le blues et le rock n’roll. Peut-on se permettre de postuler que si tout ça a pu se produire ici, c’est parce que les lois de la Louisiane, si esclavagistes étaient-elles, étaient celles de tous les États qui garantissaient le plus de droits, de libertés et de protections aux Africains?
Précisons aussi – j’aurais du le faire plus tôt – que cette réalité que je décris, c’est le sud de l’État. Dans le nord, comme à Shreveport (la région où se déroule True Blood), c’est le deep south régulier, blanc, protestant, conservateur, tendu. C’est coincé entre le Texas et le Mississippi, c’est dire.
Donc, dans le sud, tout ça se mélange, se rencontre, les frontières ne sont pas claires. Ce n’est pas rare, par exemple, de rencontrer un blanc avec un accent africain (peut-on être plus créole que ça?). Et c’est merveilleux.
Mais, entends-je certains demander, te serais-tu, cher Claude, enfin converti aux vertus du multiculturalisme? Non, absolument pas.
Cela me convainc, justement, que la clé, ce n’est pas la coexistence sur un même territoire de plusieurs «communautés». La clé, c’est le métissage, le mélange. Comme le Québec l’a fait depuis 400 ans, entre les Français et les Amérindiens d’abord, puis avec les Irlandais, les Écossais, les Acadiens même. Il faut qu’on se mélange, qu’on fasse des bébés! Historiquement, c’est avec nos anglo-saxons à nous qu’on a eu le plus de problème à se mélanger (tiens, tiens… principe à la base de la ségrégation : «separate but equal», il y a quelque chose de très anglais dans tout ça…) et aujourd’hui, c’est avec nos nouveaux arrivants – de plus en plus nombreux, venus d’endroits de plus en plus divers – que l’on peine à jeter des ponts.
Alors, pour réussir le métissage, pour se «louisianiser» de la bonne façon, il faut un tronc commun fort pour y faire tenir les greffes. En Louisiane, pendant plus de 200 ans, ça a été le français. Malheureusement pour nos amis cajuns, ça a cessé de l’être, à cause de l’arrogance de la suprématie d’une certaine langue. Mais en même temps, l’arbre demeure et on continue de venir de partout en Amérique pour y grimper.
Dans cent ans, au Québec, nous aurons changé, nous aurons évolué. Notre culture aura emprunté à celles qu’elle aura rencontrées, comme elle l’a toujours fait. Nous ne parlerons plus exactement la même langue. Des mots ou des formules que nous trouvons aujourd’hui barbares s’y seront ajoutés. Et c’est parfait comme ça, sinon on parlerait encore latin… Mais si nous voulons que notre langue, le français, demeure le tronc commun, le creuset dans lequel cette alchimie s’opérera, il faut d’abord l’affirmer puis protéger le fait que ce soit son rôle à elle et ensuite permettre aux autres cultures de la rencontrer.
Et pour y arriver donc, la voie à suivre, c’est l’intégration, pas la ségrégation.
Le 1239, First street, New Orleans. La maison d'Anne Rice et (oui...) des Mayfair.
Halala! Je vois tant de choses, je ne sais pas sur quoi vous écrire aujourd’hui… Je prends du retard. Il aurait fallu que j’écrive à chaque jour sur ce que je voyais pour garder le fil. Mais là, à un moment donné, j’aurais fait rien que ça, écrire sur mon blogue.
Pour vous donner une idée, j’ai travaillé 3 heures sur le billet que vous vous apprêtez à lire et il y restera sans doute encore des fautes… (En passant, gênez-vous pas pour m’envoyer un petit courriel privé quand vous en voyez… claudevilleneuve5@hotmail.com…)
En outre, l’expérience de ma vie virtuelle précédente m’a appris que publier deux billets par jour, ce n’est pas une bonne idée (le plus récent publié cache le précédent) et qu’écrire de trop longs textes est le pire péché qu’un blogueur puisse commettre. (Je plaide coupable aux deux infractions…)
À un moment, il faut choisir : prendre le temps d’écrire tout ce que l’on vit ou avoir le temps d’en vivre davantage. J’ai choisi la deuxième option. Parce que, pour écrire, j’aurai sans doute bien des moments d’ennui à mon retour…
Par exemple, j’aurais voulu faire un billet sur un truc que j’ai découvert par hasard à Chicago, proposé dans aucun guide. Je me suis arrêté dans ce que j’ignorais être le «Preston Bradley Hall» du centre culturel de Chicago pour me protéger de la pluie et j’y ai trouvé une splendeur. Une immense oeuvre artistique et architecturale, toute faite de mosaïque de verre (la plus volumineuse oeuvre de Tiffany), du plancher du rez-de-chaussée jusqu’à son immense dôme. Ingénieusement décoré de citations, tirées de toutes les langues, écrites sur les murs, en morceaux de verre. Un véritable temple de la connaissance. C’était tellement beau que c’en était émouvant.
J’aurais voulu vous raconter Springfield, la ville de Lincoln. De l’obsession (légitime et justifiée) que cette petite ville voue à son illustre ressortissant. Du sentiment que j’ai ressenti en me recueillant dans son tombeau. De la curiosité qu’a suscitée chez moi le musée présidentiel. Du poids étouffant de ces personnages historiques sur les temps présents, particulièrement pour les gens qui ont comme moi des idéaux et des ambitions politiques.
J’aurais voulu vous parler des étudiants que j’ai rencontrés à Saint-Louis et qui m’ont emmené faire le party dans leur drôle de cour, un dimanche soir, alors que je ne voulais pas rentré au squat qui me servait d’hostel et que tout était fermé à minuit. (Haaaaa… Les anciens «dry state»… Mon billet se serait appelé «Et j’ai couché dans mon char…») J’aimerais vous parler de leur intérêt pour notre couverture sociale, de leur inquiétude parce que nous avions réélu «this right-wing guy» et du fait que je leur ai gentiment donné de la marde parce qu’ils étaient trop durs avec Obama.
J’aurais voulu écrire sur Clarksdale, au Mississippi, lieu de naissance allégué du blues. J’aurais voulu vous parler des champs moutonneux de coton qu’on traverse pour s’y rendre et du schack où j’ai dormi. (J’avais même trouvé mon titre : «Mon schack et moi». Sérieux, sans aucune humilité et en toute franchise, je trouve que je kicke des culs avec mes titres. Le Voir peut aller se rhabiller!)
J’aurais voulu vous parler de ma visite de Garden district hier, somptueux quartier «américain» de New Orleans, où a grandi et vécu Anne Rice et qui sert de théâtre à plusieurs (la plupart) de ses romans. (Ça ressemble à Westmount.) Vous raconter pourquoi les maisons y sont construites de cette manière, par rapport à celles du Quartier français. Vous dire à quel point, pendant la journée, c’est mort, qu’on y croise que des dizaines de touristes. Certains dans un groupe mené par un guide. Certains avec un livre de voyage dans les mains (moi, je l’ai téléchargé dans mon iPhone!). Certains, tels des pèlerins, habillés en gothique. Sinon, il n’y a aucune voiture qui circule, si ce n’est celles, très nombreuses, des firmes de sécurité privées qui surveillent le secteur. (Chu sûr qu’y doit toujours y avoir des goths qui essaient d’aller faire l’amour dans la maison des Mayfair…) Vers 16h00, tu vois les «soccer moms» reprendre possession de la place, aller chercher leur fille dans une des nombreuses écoles privées catholiques du quartier et, soudain, ça redevient un endroit où des gens vivent.
Aujourd’hui, je voudrais vous raconter ma visite de la Plantation Laura, sur la route entre New Orleans et Baton Rouge. Une plantation créole, puissant témoignage de la dure réalité de l’esclavage. Fondé par des Du Parc (de Paris) et des Prud’homme (de Montréal). J’y ai fait la rencontre de mon premier Cajun. J’en aurais profité également pour faire un aparté sur l’extravagant, que dis-je, le scandaleux State capitol de la Louisiane et sur Huey Long, le gouverneur crinqué qui l’a fait construire. J’en aurais profité pour vous dire comment j’ai détesté le film tiré d’un roman inspiré par lui, «All the King’s men» et de mon profond mépris pour Sean Penn. (C’est vrai! Il joue toujours trois coches trop hautes!!!)
Mais, avant de faire tout ça, il aurait aussi fallu que je fasse un petit article pour expliquer ce que signifient, en Louisiane, les termes «creole», «cajun», «american» et «african». Ça n’a pas exactement le même sens que nous entendons, nous (et ce n’est pas toujours pareil d’une place à l’autre en Louisiane!). Les Créoles étant les descendants, métissés, des premiers habitants de la Louisiane… Ha pis, j’arrête, ça va vraiment mériter un billet ça. (Je finissais mon paragraphe et j’avais déjà une page de faite… Ne vous inquiétez pas, j’ai sauvegardé…)
Bref, plein de belles choses, plein de découvertes. L’arbre cachant parfois la forêt, mon précédent billet sur ma déception quant à l’Halloween s’est révélé, à ma plus grande surprise, le billet le plus populaire portant spécifiquement sur mon voyage. Je ne voudrais pas que vous pensiez que, dans ma tête, je ne suis pas vraiment parti…
J’ai remarqué aussi le nombre de messages privés que j’ai reçus, de gens qui me disaient quelque chose du genre : «Lâche pas Claude! C’est une dure épreuve, mais tu en ressortiras grandi!»
Ne sachant trop quoi en comprendre, j’avais peut-être envie de vous partager l’émerveillement que je ressens, au-delà des statuts où je dis que je m’ennuie et des cartes postales que plusieurs d’entre vous ont déjà reçues ou recevront bientôt. (J’ai pas toutes les adresses… Si vous m’envoyez la vôtre, je promets que vous en recevrez une. :-p )
Ceci dit, je pense que le message de ce billet, c’est : Heille! Je m’amuse là! Quand même…
C’est juste la rencontre de deux facteurs. D’abord, étant de ceux qui disent pas mal tout ce qu’ils pensent et qu’ils ressentent au moment où ça leur arrive, ce dont je souffre le plus, c’est en fait de ne pas avoir l’occasion de le partager, au jour le jour. Ensuite, parce que me sachant un peu raconteur, j’ai peut-être inconsciemment cherché à garder mes récits de voyage pour mon retour. C’est bizarre, je pensais justement faire de mon blogue un truc éducatif, pour donner de l’information sur ce que je voyais. (Ceci dit, vous avez encore mes photos, sur Flickr et Facebook) Mais bizarrement, c’est devenu un endroit où je conte ma vie, écrite au son…
Phoque… Je suis devenu un Patrick Lagacé louisianais…
Bref, ce blogue me semble contenir un ratio lamentations/émerveillement non-conforme à la réalité de ce voyage.
Facque c’est ça…
Demain, Lafayette. Sérieux, il n’y a pas grand chose à voir à Baton Rouge. Mais ce State Capitol… (27. 27 étages. L’Assemblée nationale en a 3…)
J’ai hâte à Lafayette. Le pays cajun. Une grande motivation de ce voyage…
J’espère avoir bien des choses à vous en dire. D’ici là, si vous avez des suggestions ou des demandes spéciales, je suis preneur…
Mais avant, je ferai un billet sur la signification des termes «créole», «cajun», «american» et «african»… Promis!
P.S. Et, pourquoi pas, un billet sur la stupidité de «Movember» et sur la récente omniprésence du mois du cancer du sein…
Aujourd’hui, je comptais prendre un break d’écriture, mais ma chère cousine Amélie m’a demandé de faire un compte-rendu de mon «haunted tour». Comme Amélie a été une grande inspiration et une grande motivatrice pour ce voyage, je ne pouvais pas vraiment le lui refuser…
Bref, c’était vraiment bien. J’étais pas sûr au début, mais je me suis laissé gagner.
Voici comment ça s’est passé.
D’abord, à New Orleans, il y a beaucoup-beaucoup de «tour» qui sont offerts. Plusieurs compagnies, plusieurs thématiques. Tours historiques, architecturaux, «swamp tour», plantation, Garden district et j’en passe. Puis (évidemment!), les tours style vampire, fantôme , zombie, voodoo, etc… Sur presque toutes les rues, il y a des magasins qui offrent de «booker» des tours. J’imagine qu’ils ont une commission et des ententes avec certaines compagnies. Ils en offraient à l’hostel, mais c’est juste des trucs plutôt dispendieux, genre au-dessus de 50$.
Je suis rentré dans le premier de ces bureaux que j’ai vu. Je savais pas trop quoi demander. J’ai dit, dans mon impeccable anglais, «I would like to take a tour, like on the Ann Rice kind of stuffs…». Deux compagnies l’offraient. La fille m’a dit que la première, c’était genre théâtral, des comédiens qui donnent le tour, la deuxième donnée par des historiens. «It’s very factual. I very liked it!»
Alors j’ai pris le ghost tout de Magic Tours. C’était 20$. Rendez-vous à la nuit tombée, coin St-Louis et Royal.
Et oui, ça vaut amplement ses 20$. D’abord, ils ont été les premiers à offrir un ghost tour. Ensuite, ils se font une fierté de pas conter de menteries au monde. Genre, le guide prend bien soin de différencier les éléments qui sont historiquement avérés des croyances, légendes et rumeurs qui en découlent. Matthew, notre guide, était d’ailleurs un jeune homme bien sympathique, avec qui j’aurais volontiers pris un verre après le tour. Pas une espèce de pas de vie qui trippent sur les vampires.
Dans le fond, les histoires de hantise, c’est un trait culturel très important de New Orleans et on en apprend beaucoup sur l’histoire de la ville en les écoutant, ne serait-ce que par la mise en contexte. Ça vaut bien un autre moyen de découvrir la place.
Une anecdote qui illustre bien la différence. On est devant le manoir LaLaurie (je dois avouer que j’ai eu un peu peur là). Les LaLaurie étaient un riche couple qui possédait plusieurs esclaves. La loi, toutefois, contrôlait de près leurs conditions de vie et leur traitement. C’était interdit de les battre, par exemple.
Un jour, il y a eu un feu au manoir LaLaurie. Les secours sont arrivés et sont montés au grenier, dans les quartiers des esclaves. Ils y ont trouvé une scène effroyables. Tous enchaînés, certains morts, ils avaient été l’objet de tortures particulièrement sophistiquées et créatives. (Ces faits sont historiques et avérés. La suite l’est moins…) L’une d’entre elles avaient eu les os des membres brisés et ressoudés dans un angle qui la forçait à marcher comme un crabe. Un autre, mort, avait eu les organes génitaux amputés, lesquels avaient été recousus sur une femme, toujours vivante. Un autre avait les intestins qui lui sortaient du ventre par un trou et était attaché avec ceux-ci.
Suite à cette découverte, les LaLaurie ont disparu en vitesse (non pas sans saluer la foule en colère devant leur maison de leur carrosse) et n’ont plus été revus dans le pays. Ils auraient émigré en France où ils ne furent jamais inquiétés.
L’histoire d’hantise, c’est qu’il y aurait une petite fille noir qui courrerait sur la galerie pour se sauver de Mme LaLaurie et la nuit, on y entendrait des pleurs et des supplications dans un dialecte africain. Nicolas Cage a acheté la maison, y a dormi deux nuits et n’a plus jamais voulu y retourner… Pourtant, il le savait, puisqu’il est obligatoire, lorsqu’on vend une propriété, de déclarer si elle est l’objet de phénomènes de hantise. C’est vous dire comment l’affaire est importante ici…
Alors, l’anecdote. On est devant la manoir LaLaurie et le guide doit parler très fort, parce qu’il y a quatre groupes qui sont là. (Quand je vous dis que c’est une industrie ici…) Un de ces quatre groupes d’ailleurs est guidée par une femme déguisée en sorcière, avec la voix, les rires et les cris stridents à l’avenant. Vraiment agressant… «There will soon be on more ghost on this street if she doesn’t stop…» a dit notre guide, en serrant les dents. C’est ça, ces mises en scène, que Magic tour se fait une fierté de ne pas offrir.
D’ailleurs, pendant ce temps, y a un monsieur de la place qui est passé : «Shame on you! People are paying to hear and believe all this stupidities! Your the shame of this city!» a-t-il crié, dans notre direction. Malaise de mon guide. «Ben non Monsieur, avais-je envie de dire, Matthew il nous dit juste des affaires vraies!»
Mais coudonc, y était trop tard.
Facque bref, je recommande. À tous.
Au passage, il n’y a pas vraiment d’histoires de vampires à New Orleans. Juste une en fait. Avant Ann Rice et True blood, y en avait pas, de «Vampire tour». Le guide trouvait ça un peu affligeant que, maintenant, les gens viennent à New Orleans pour ça…
Pour d’autres histoires de hantise, je vous invite à consulter mes photos sur Facebook. Je les ai écrite dans les légendes des photos. Plusieurs édifices que j’avais déjà photographiés de jour se trouvaient sur notre tour.
Le Bourbon AAE hostel, Annunciation st, New Orleans
C’était ma plus longue journée de route. Journée que j’avais rallongée considérablement en arrêtant 3 heures à Vicksburg. Puis, encore près de 100 miles à faire une fois passé les lignes de la Louisiane, pour en finir avec un trafic monstre en arrivant (ici, pour une densité de trafic qui nous amènerait à 70-80 km/h, on continue de rouler à 120…) et un virage du mauvais côté du terre-plein d’un boulevard. Bref, j’avais hâte d’arriver. (Pour en savoir plus sur mes aventures de char, «My way or your highway…»)
Nouvelle-Orléans, terre promise.
Des années que j’en rêve.
3200 km pour m’y rendre.
Sept pleins d’essence.
11 jours depuis que je suis parti, dont 7 sur la route.
Une trentaine de bouteilles d’eau et autant de cafés. (Ce qui m’a permit de me rappeler la règle suivante, que je martèle pourtant à mes neveux : à chaque arrêt, va à la salle de bain, même si t’as pas envie…)
Bref, ça ne pouvait pas faire autrement que de ne pas être à la hauteur de mes attentes…
Mais ça l’est.
D’abord, mon hostel est parfait. C’est tenu par un ptit couple vraiment trop aimable, la fille parle français. Le gars est comme : «OK, dis moi tout ce que tu veux savoir!» Le ménage est fait du plancher jusqu’au plafond à tous les jours. Les gens sont sweet, ils t’invitent à t’asseoir avec eux («Do you want to hang out?»), t’offrent une bière. Y a des Finlandais, des Britanniques, des Américains. Y a des belles filles. J’espère pouvoir bientôt vous en dire plus sur une certaine Malory…
Je suis chanceux d’avoir cette place, c’est plein partout, Halloween oblige. (D’ailleurs Malory s’en va, elle revient lundi. Elle m’a offert son numéro. À «suire»…)
Et surtout, il y a la ville. Je n’en suis qu’au début de mon exploration, mais ça promet. Faut dire que je suis dans Lower Garden district, c’est un peu bourge. (Ça me déplaît pas… Moins bourge que Garden district à proprement parlé toutefois.) Mais j’ai marché dans les rues du quartier hier soir et, à venir jusqu’à maintenant, c’est la plus belle ville que j’ai vue de ma vie. (Je suis pas le plus grand globe-trotter, mais quand même…)
Une élégance baroque, une insouciance bohème, un côté mal dégrossi, un peu trash, ostentatoire… Tout cela cohabite ensemble.
Et puis, il y a l’odeur. Ça sent la swamp et la vanille. Et plein d’autres choses aussi.
On dirait que tous mes sens sont en éveil. Tenez, hier, j’ai encore goûté une Pale ale (y en a des verrasse de bonnes aux États-Unis). Le goût me disait vraiment quelque chose. Je cherchais, mais je trouvais pas. Une amertume… Café? Pamplemousse? Citrouille? Épice?
Je regoûtais, je cherchais, je le refaisais encore, je n’y arrivais pas. Et il y a eu une pub de mets chinois à la télé et j’ai allumé. Aussi drôle que ça puisse paraître, ça goûtait l’oignon vert dans une soupe won ton… Beaucoup d’oignon vert… Pour vrai. J’ai regoûté, et c’était vraiment ça. Comment ai-je pu faire une association pareille? Comment est-ce qu’une bière peut goûter ça?
C’est peut-être ça, New Orleans, les sens exacerbés. Un peu comme Louis (i.e. le perpétuel lamenteux des romans d’Ann Rice) qui s’éveille à sa nouvelle perception du monde.
Non, vraiment… C’est à suivre…
P.S. J’ai pris du retard avec mes lieux communs et ils sont importants pour comprendre la suite (et même le passé). De plus, vous êtes nombreux à me chicaner lorsque je saute des journées. Alors c’est double-ration pour vous aujourd’hui, mes lapins! C’est ici.
The million dollars quartet (Carl Perkins, Jerry Lee Lewis, Elvis Presley et Johnny Cash), au Sun city record, Memphis.
Parfois, quand on voyage, notre appareil-photo ne suffit pas. On voudrait trouver un moyen d’immortaliser aussi les sons et les odeurs, pour les montrer au retour.
À Chicago, j’aurais voulu photographier le son des vieux qui jouent de l’orgue électrique dans le métro.
À St-Louis, j’aurais voulu photographier l’odeur, un mélange de boue du Mississippi et de fermentation de la brasserie Busch.
À Memphis, c’est les deux : je voudrais photographier le son qui sort de chaque bar de Beale street, les blues qui se succèdent comme si on les «skipait» en passant devant chaque club, couplé à l’odeur de barbecue omniprésente au centre-ville.
Entendons-nous bien : Beale à Memphis, c’est une immense trappe à touristes. Ne vous attendez pas à rencontrer beaucoup de noirs, ailleurs que sur les stages et derrière les comptoirs. Ce que vous croiserez sur la rue, ce sont des quarantenaires en polo-veston, une cocarde de congrès dans le cou, et des retraités tout juste descendus d’un autobus. Tous sont là pour attraper un petit quelque chose de ce que serait le blues : de la musique, des côtes levées, des cossins vaudous.
La vraie population de Memphis est ailleurs. Une grande pauvreté couplée à une très faible densité de population en fait une immense aire urbaine pas très sécuritaire, qui va bien au-delà du centre-ville qu’n peut faire à pied. De fait, Memphis est la ville où, de loin, j’ai vu le plus de quêteux depuis mon arrivée aux États-Unis. La ville en tant que telle a une population équivalente à Québec – sans les aires urbaines des états frontaliers (Arkansas, Mississippi) – et a la taille de l’Ïle de Montréal.
Ceci dit, il est là, le «spirit». «Put some south in your mouth», est-il écrit sur l’enseigne du Blues city cafe, au coin de Beale et de 2th. Et de fait, je me suis permis un break dans mon virage santé pour y manger le meilleur burger que j’ai jamais goûté de ma vie. Pas un gros truc extravagant, comme au Cosmos, mettons. Un petit burger de «dinner», un peu comme dans nos cabanes à patates, mais avec un goût… Indescriptible! Rien d’extravagant… Ketchup, fromage jaune, de la salade hachée et une tranche de tomate (fraîches, ce qui est déjà extraordinaire…), des pickles et un peu de sauce piquante que l’on trouve sur toutes les tables ici. Mais une boulette… U-ne bou-lette, mes amis! Un goût indescriptible, puissant. Juteux, salé… Épaisse… Ça goûtait le sang cuit. Oui, «there’s some soul in that food…» Le tout pour 9$, avec un coke et un café. Pis à soir, je me paye des côtes levées!
Et c’est comme ça partout sur Beale. Tu marches, tu sens une odeur particulièrement appétissante, tu ne sais pas c’est quoi, mais tu sais que c’est ÇA que tu as envie de manger, tu te retournes et… tu n’as pas capable de dire d’où ça vient, parmi les 25 clubs que tu vois.
Tu voudrais tout goûter, tout essayer. Le moindre endroit où l’on arrête prendre un café, chaque performance de chaque musicien qui se donne sur le stage. L’enthousiasme du guide qui nous fait visiter Sun city record.
D’ailleurs, c’est peut-être ce dernier exemple qui me permettra d’exprimer le mieux ce drôle d’équilibre entre trappe à touristes et authenticité locale que je tente d’exprimer, mais que je n’arrive pas à faire à ma satisfaction.
Sun City, c’est le studio mythique où Elvis a été découvert (il y a dépensé 4$ pour enregistré un disque pour la fête de sa mère…), où Johnny Cash a fait ses débuts (on le voit dans «Walk the line»). C’est l’étiquette de Carl Perkins, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison. Tu arrives là, ça débarque par autobus pleins, l’appareil photo au cou. Un magasin de souvenir. Un resto, style dinner, qui sert des «floaters», des cherry coke. Un guide rockabilly, trop heureux d’être content, avec d’épais favoris sur les joues qui prétend s’appeller «Eldorado». 12$ pour faire la visite. ALARM! Piège à touristes!!!
Ceci dit, la visite est vraiment bien, plein de beaux objets de collection, des extraits sonores que le guide nous passe au fur et à mesure pour que l’on sache bien de quelle chanson il parle dans ses anecdotes, puis le mythique studio (très modeste, au demeurant), où tous ces grands ont endisqué avec, évidemment, les «vrais» accessoires qui servaient à l’époque. (Le guide nous a demandé de ne pas lécher le micro d’Elvis… Paraît que plusieurs tentent de le faire…)
Mais voilà où j’ai été gagné à la pertinence du truc. En jasant avec «Eldorado», à la fin de la visite, il m’a expliqué que les studios Sun city ont déménagé dans les années 60 et que les locaux actuels ont été abandonnés. À la fin des années 80, un groupe de musiciens amateurs de Memphis ont repris l’affaire. Depuis, ils offrent des visites, font payer les gens, mais surtout, s’en servent comme local de pratique et d’enregistrement le soir (j’avoue que le feeling doit y être…). Avec les revenus associés aux visites, ils font survivre le local et les employés (qui sont tous des musiciens) ont ainsi un revenu stable et régulier. Et c’est sans doute plus agréable de gagner sa vie, quand on a une passion pour la musique, en partageant celle-ci à des autobus de retraités qu’en travaillant chez Starbuck.
C’est donc ça Memphis. Le voyageur que je suis qui n’y est que de passage et qui est trop chicken pour trop aller en banlieue ne s’y mêlera malheureusement pas aux locaux. Mais c’est dans leur bouffe et dans leur musique qu’il découvrira ce dont ces gens sont le plus fiers et ce qu’ils ont de mieux à offrir : une grande tradition culturelle, une authenticité comme nulle autre ailleurs.
Parmi ces éléments de légendes qui nous font voir une Amérique nostalgique de l’époque où le pétrole coulait à flot, où les usines de Detroit formait la plus grande puissance industrielle au monde et où la paranoïa n’avait pas encore frappé, il y a le rapport entretenu avec l’automobile. Pour l’appréhender, il n’y a rien comme une balade sur la 66.
«The mother road», c’est près de 2500 miles (4 400km), de Chicago à Los Angeles. Elle traverse l’Illinois, le Missouri, le Kansas, l’Oklahoma, le Texas, le Nouveau-Mexique, l’Arizona puis la Californie. C’est la route empruntée par Kerouac dans «On the road», c’est celle des «Raisins de la colère» de Steinbeck, c’est là où Flash McQueen se perd dans «Cars». Tombée graduellement en désuétude avec l’avènement des «interstates highway», développées par Eisenhower dans les années 50 (traversant plusieurs villes, elle était lente), elle a cessé d’exister officiellement entre 1977 et 1984, selon les tronçons. C’est autant de petites communautés et de petits commerces qui furent quasiment abandonnés, tentant aujourd’hui d’attirer les touristes (moi) pour retirer un maigre héritage de la richesse passée. Pour ma part, j’ai donc fait 300 miles (520 km) de cette route légendaire, entre Chicago et St-Louis, de l’Illinois au Missouri, donc.
Ça a été plutôt long. Un trajet que j’aurais pu faire en 5 heures m’en a plutôt pris neuf heures sur la route. Il faut dire que je me suis perdu plusieurs fois, sans compter que j’ai décidé d’arrêter par Springfield, la ville de Lincoln.
C’est pas cool, se perdre loin de chez vous. Tu essaies de lire ta carte ou ton itinéraire sur ton cel en continuant à rouler, tu te fais doubler, tu te rends compte que tu viens de passer devant la route que tu devais prendre pour te retrouver, que tu es deux heures en retard sur ton horaire, que tu vas devoir passer tel arrêt, que tu vas arriver la nuit venue, ce que tu voulais éviter… À un moment donné, j’avais un réel sentiment de panique. Je me suis arrêté, je suis débarqué de mon véhicule, j’ai trouvé un resto avec du wifi pour refaire mon trajet sur Google Map. C’est alors qu’est survenue l’épiphanie : en voulant entrer ma position, je me suis rendu compte que je ne savais absolument pas où j’étais.
Ça arrive qu’on sait pas sur quelle rue on est, ça arrive qu’en se réveillant ailleurs que chez nous, on ait besoin de quelques secondes pour se rappeler où l’on se trouve. Parfois, on ne sait pas où l’on est parce que l’on est en déplacement sur une route, mais dans tous les cas, on a au moins un ancrage entre notre point de départ et notre lieu d’arrivée.
Mais cette fois, je me suis rendu compte que je ne savais pas du tout où j’étais. Et ça m’a procuré un sentiment de détente incroyable. J’ai repensé à Johnny en son temps qui disait «Y me r’trouvront pas!», je me suis dis que je pourrais décider de disparaître, si seulement je le voulais. J’étais comme caché dans nulle part.
Alors j’ai repris ma route. Bien tranquillement. Je laissais les voitures me doubler, j’arrêtais pour chaque station service, chaque truc intéressant à photographier, chaque «memorabilia». Je savourais à son plein le «spirit» de la 66. À Springfield, la nuit tombait. Je voulais être à St-Louis pour cette heure et il restait 100 miles à faire… L’effet cumulé du stress du début de la journée et de l’affligeante bouffe américaine faisait en sorte que je me sentais nauséeux.
Je me suis alors rappelé la fascination qu’exerçait sur moi Lincoln et la Guerre de Sécession quand j’étais jeune. J’avais découvert ça à travers les Tuniques Bleues, de Cauvin. En sixième année, j’avais aidé ma soeur et ses amies en secondaire 4 à préparer un travail là-dessus. Je me suis dit que s’il fallait que je tombe par hasard sur «Claude à 11 ans» et que je lui dise que je suis passé par la ville de Lincoln sans m’y être arrêté, j’étais sûr de me prendre une baffe. Je ne me souviens pas que «Claude à 11 ans» ait eu une droite particulièrement dévastatrice, mais je sais que «Claude à 29 ans» n’aime pas particulièrement recevoir des mornifles… J’ai donc décidé de m’arrêter pour la nuit. J’ai trouvé un hôtel cheap, je pensais ressortir pour prendre un verre, mais je me suis endormi dans ma chambre.
Le lendemain, j’ai passé la journée à visiter Springfield, j’ai fait le tour complet (la tombe de Lincoln, le musée présidentiel Lincoln, la maison de Lincoln, Lincoln, Lincoln, Lincoln…), j’ai repris la route, fait encore un arrêt ou deux sur la 66, puis je suis arrivé à St-Louis… une fois la nuit tombée.
Juste à temps pour voir les Cards casser la gueule des Rangers. Tout en classant mes photos, je repensais à ce que j’avais vu, mais le sentiment de stress vécu sur la route, je ne le ressentais plus en les regardant.
C’est peut-être ça partir en voyage : se mettre un peu dans le trouble pour se bâtir des souvenirs.
RT @e_gamache: Scandale des garderies et scandale des infrastructures sportives ont le même dénominateur commun: Michelle Courchesne #assnat2 hours ago
Drôle de voir les rouges sortir de leur trou. Z'étaient plutôt discrets pendant que leurs patrons votaient une loi liberticide... #assnat2 hours ago