De la guerre

23 avr

Note aux 55 ans et plus : message reçu...

Ceux qui ont déjà tâté de sciences politiques à l’Université Laval ressentiront une pensée émue à l’évocation de l’ouvrage In defense of politics, de Sir Bernard Crick.

Je suis resté très attaché à la définition de la politique que nous y offrait Sir Crick. La politique, c’est l’ensemble des institutions et des processus que les collectivités se sont donnés pour régler les conflits autrement que par la violence. En dictature, il n’y a pas de politique. Quand le peuple ne surveille plus les gouvernants, il n’y a plus de politique. Quand les institutions ne s’intéressent plus aux problèmes qui existent dans le réel, il n’y a plus de politique.

En fait, c’est quand il cesse d’y avoir de la politique que la guerre commence. Ce qui m’avait amené à dire dans un discours que si la politique était le contraire de la guerre et bien, la politique, c’était l’amour. Plusieurs sourcils froncés, mais quelques tapes dans le dos senties.

Là où je veux en venir, c’est qu’à partir du moment où le gouvernement Charest a dit aux associations étudiantes qu’il y aurait une hausse, qu’elle serait de 75 % et qu’il ne servait à rien d’essayer d’en discuter, il a dit aux étudiants : «Je ne veux pas faire de politique avec vous. Je vous déclare la guerre.»

La guerre, la guerre… C’est un bien grand mot! C’est surtout pas une raison pour se faire mal, comme on le sait au Québec. La guerre n’est pas toujours armée. La guerre peut être psychologique. La guerre peut être froide. Mais quand il n’y a plus de dialogue politique, on est en guerre.

Est-ce que ça justifie l’emploi de la violence, de briser des choses ou de mettre la sécurité des gens en danger? Évidemment pas! Est-ce que ça justifie par contre de s’objecter en conscience, de perturber les activités des institutions (les écoles…) où on évolue, comme un travailleur y a droit? Absolument.

C’est l’idée de la désobéissance civile. Comme par exemple, lorsqu’une enseignante décide d’occuper symboliquement une rue en se livrant à une activité d’enseignement. Elle ne menace la sécurité de personne et, comme collectivité, on est capable de supporter le fait qu’une rue de Limoilou soit fermée pendant un après-midi.

On le peut et on le doit, parce que le droit de tout citoyen de s’assembler à d’autres et de manifester dans l’espace public est une liberté fondamentale protégée par nos chartes. On a prévu ça pour éviter que d’honnêtes citoyens soient pris en serre et arrêtés par des gars gréés en Navy Seal alors qu’ils n’enfreignent aucune loi, comme c’est arrivé à Gatineau. Ou encore que des filles soient menacées de se faire rentrer une matraque entre les deux jambes par des analphabètes fonctionnels édentés en gilet par balles, engagés par la direction, comme c’est arrivé à l’Université de Montréal.

Ok, ça se peut que ça vous gâche la vie un peu tout ça… Le problème, c’est que c’est le gouvernement qui leur a dit de faire ça. Il leur a déclaré la guerre. «Pour me faire bouger, rendez-moi la vie impossible.» Et dans l’écrasante majorité des cas, les militants répondent dans le respect de nos lois et avec une créativité qui devrait tous nous émouvoir,

Donc, tout ça explique les perturbations des dernières semaines. Ça n’excuse pas les débordements de certaines manifs (dont ceux qui sont venus des policiers…), mais ça permet peut-être de comprendre pourquoi ils surviennent. Parfois. Malheureusement. Même si ça ne devrait pas.

Écoutez, j’ai de nombreux amis qui vivent cette grève directement sur le terrain. Ils vont dans les AG, ils font du piquettage, ils se font insulter par les passants et les étudiants contre la grève. Et ils doivent en plus souffrir la ministre qui «déplore qu’il faudra attendre  »encore » attendre pour négocier» en déployant le sourire d’une pré-adolescente qui s’amuse avec du C4. Comme si ce n’était pas suffisant, notre «grand bâtisseur» de premier ministre et homme d’État devant l’éternel a pensé que c’était une bonne idée de faire des blagues sur les manifestants avec ses chums de l’industrie minière, pendant que ça matraquait devant le Palais des congrès. Sérieux, moi, avoir été un policier, j’aurais été en ta…

Assez fou pour mettre le feu, mais pas assez fin pour l’éteindre : Jean Charest.

Après la déclaration de Charest, vendredi, j’ai reçu l’appel d’une amie. Elle était en pleurs. «Tsé, j’ai l’impression que tout ce que j’ai toujours cru, qu’on pouvait changer les choses, en s’unissant, en travaillant, ben c’est pas vrai. Depuis le début, on est là à essayer de faire ça correctement, dans le respect, on s’est mobilisé au max qu’on pouvait le faire, pis le gars fait juste nous rire en pleine face… J’ai pu envie de vivre ici, dans cette société-là.» (Mauvaise nouvelle pour nous gang : elle étudie en soins. On en a besoin!)

Désarroi. Détresse. C’est ce que je lis dans le cœur de ma génération présentement. Je vois les réseaux sociaux, je parle avec mes amis, j’entends la rue. Et c’est ce que je ressens. Une génération à qui on dit : «Tu n’es rien, tu n’as pas de pouvoirs. Je t’ai dit de me faire la guerre. Tu l’as fait. Pis je m’en sacre. Parce que tu n’es rien.»

J’ai toujours rejeté le discours générationnel. À mon sens, ça s’oppose à la volonté de construire une société forte. Mais comment y résister, quand on se le fait nous-mêmes opposer? Quand on nous dit : «Non, nous ne t’entendrons pas.»

Écoutez, faites la séquence. Harper repousse les pensions de 65 à 67 ans, mais seulement pour les moins de 50 ans. Charest augmente les frais de scolarité. Les Libéraux s’opposent à ce qu’il y ait des bureaux de votes sur les campus, mais se sont assurés d’en mettre dans les résidences pour personnes âgés. Le PQ a reçu une volée de bois vert lorsqu’il a osé parler de droit de vote à 16 ans. On pense à toutes les caricatures qu’on a vu à ce moment-là, comme pendant la grève…

Vous trouvez pas que, ce qui se dégage de tout ça, c’est une société qui est en guerre contre ses jeunes?

(Non, pas l’État, Éric Duhaime. La société. Pis toi avec.)

En disant ça, un de mes chums m’a répondu : «Oui, cal***… Pis quand les kids reviennent de l’école, à 4h00, c’est même pu des bonhommes qu’ils ont à la tv, c’est les os*** de Docteurs! Peux-tu t’imaginer une société qui se sacre plus de ses jeunes qu’une société qui remplacent les bonhommes par «Les Docteurs»???»

L’argument est un peu court. Il est néanmoins implacable.

Oui mes amis. On aurait beau vouloir le nier, penser que c’est malsain de l’assumer, mais les jeunes sont en colère.

Ce qu’ils ressentent présentement, c’est tout le poids d’une société, debout devant eux, personnifiée par un baby boomer qui pèse sur leur épaule en enfonçant ses doigts dans les chairs entourant leur clavicule, en serrant les dents, narines ressorties, l’oeil mauvais.

«Tu vas faire ta part, mon jeune.

Tu vas faire ta juste part : d’abord arrêter de m’écoeurer avec ta grève. Juste de t’entendre prendre la parole, ça m’écoeure.

Ensuite, payer tes frais de scolarité pis rembourser tes dettes jusqu’à 45 ans.

Devenir propriétaire? Les moyens d’avoir les enfants que j’ai décidé de pas avoir? Pas mon problème…

Tu va payer, pis tu vas continuer de payer.

Parce que moi, prendre ma retraite à 60 ans plutôt qu’à 55 pour que tu n’aies pas à prendre la tienne à 70, ça ne m’intéresse pas. C’est pas mon problème.

J’ai travaillé pis j’ai payé de l’impôt toute ma vie, j’ai le droit d’en profiter. Ben oui, je le sais ben que c’est le cas de tout le monde, que mon argument est invalide. Mais comme j’en ai pas vraiment d’autres, je considère que ça devrait être suffisant pour que tu te taises…

Tu comprends pas les sondages? Tu comprends pas que l’éducation, je m’en sacre et que tout ce qui m’intéresse, c’est la santé? Tant qu’à moi, tout l’argent du gouvernement irait en santé…

Facque tu vas payer pour me faire soigner, pis tu vas payer pour ma dette aussi.

Tu vas payer aussi pour l’environnement de marde que je vais te laisser.

Parce que moi, changer mon char aux trois ans, c’est important pour moi. Pis non, m’acheter une Hybride, ça m’intéresse pas, c’est trop cher. Pis non, faire mes achats ailleurs que dans un power center, ça ne m’intéresse pas, je trouve ça trop pratique, c’est tu clair?

Facque là, tu vas reprendre tes cours pis payer tes maudits frais. Fais ta juste part, que je n’aie pas à faire la mienne.

Pis surtout, ferme-la. Juste t’entendre me met déjà en maudit… Je veux bien croire que tu mets ton avenir en péril en risquant de sacrifier une session, même pas pour toi mais pour ceux qui vont te suivre, mais moi, faut que j’aille écouter «Les Docteurs». Dégage de mon pont (que je n’ai pas payé pour entretenir, en passant).»

C’est caricatural? Ça ne l’est certainement pas davantage que tout ce que l’on entend à propos des étudiants depuis trois mois…

Mais bon, ça faisait longtemps que je voulais vous écrire ce long billet pour vous informer que le Québec est en guerre. Une guerre perçue, peut-être, une guerre ressentie, surtout. Une guerre où l’on évoque toujours le renversement de la pyramide des âges pour justifier le fait de faire payer la plus faible de ses parties, la moins large, celle qui se trouve à la base et qui bientôt soutiendra le reste.

Ce que j’espère, c’est que si ma génération reçoit une fin de non-recevoir, elle ne réagira pas en cassant des choses. Ce serait mal se servir. Ce serait mal, point à la ligne.

La conséquence toutefois pourrait être encore plus grave : en finir avec une cohésion sociale déjà très fragile…

Bref, cette génération pourrait se souvenir du jour où on lui a déclaré la guerre, qu’elle s’est levée, qu’elle a tendu la main et qu’on l’a ignorée. Et on pourrait craindre que, lorsqu’elle sera aux commandes et qu’elle y arrivera épuisée d’avoir eu à payer le prix pour tous les autres, elle agirait en conséquence à l’endroit des anciens intraitables devenus vulnérables… Souhaitons nous, souhaitons leur, qu’on en vienne jamais là.

Souhaitons-le et surtout, rappelons-nous que, entre aujourd’hui et le moment où nous serons devenus nous aussi aigris et égoïstes se trouve une étape très rapprochée de nous.

Un moment, le seul et unique où nous pourrons déverser notre colère en ayant l’assurance qu’il donnera des résultats concrets, pour autant qu’on se donne la peine de le faire sur le sens du monde. Que nous compensions notre faible nombre par notre responsabilité et notre mobilisation.

Un temps où on aura enfin l’occasion de mettre fin à la guerre et de recommencer à faire de la politique.

Le temps des urnes.

26 Réponses to “De la guerre”

  1. Mathieu L 23 avril 2012 at 15 h 30 #

    Encore un excellent blog. Je suis écœuré de la politique. J’ai mal à ma démocratie. On peut renier mes valeurs, on peut renier mes opinion, mais quand on touche à ma démocratie, je ne réponds plus de moi!

    • V 23 avril 2012 at 15 h 36 #

      En fait, c’est tout le contraire Mathieu. On veut de la politique. On est tanné de la guerre!

  2. Camille 23 avril 2012 at 19 h 55 #

    Merci. C’est tout ce que je te dirai.

  3. Naya 23 avril 2012 at 20 h 22 #

    Wow.. C’est excellent…

    • Span 23 avril 2012 at 22 h 57 #

      Magnifique, très bon texte emplie de vériter.

  4. Tamara 23 avril 2012 at 22 h 41 #

    Un article très représentatif de notre lutte, très juste.
    Merci pour ce texte.
    Ça fait du bien de lire cela, une petite lueur d’espoir dans le cynisme ambiant des derniers jours. Oui, vivement les élections provinciales.

  5. Myriame Nikolski 24 avril 2012 at 11 h 24 #

    J’suis contente de voir que j’suis pas la seule à être découragée à en pleurer au téléphone. Parce qu’au fond, j’suis une petite fille naïve qui voudrait juste que le monde s’accorde pis soit beau. Faut garder espoir pis pas lâcher, j’pense. Merci pour le texte. Il exprime trop bien ce que je voulais dire à ma famille qui comprenais mal mon combat alors que j’trouvais juste pas les bons mots (j’suis pas faite pour les discours rassembleurs).

    • V 24 avril 2012 at 14 h 16 #

      Merci du commentaire.

      J’espère que des gens feront lire ce texte à leurs parents. Histoire d’entamer le dialogue.

  6. Isabelle Côté 24 avril 2012 at 11 h 36 #

    J’ai 51 ans, 4 enfants dont 3 à l’université et une au Cégep et OUI je me reconnais dans ce texte et je suis entièrement d’accord avec. OUI j’ai payé des impôts toute ma vie… et puis ??? Pourquoi faire payer aux jeunes le droit de s’instruire et les endetter AVANT même qu’ils ne travaillent ? Je n’ai pas les moyens d’aider mes enfants et NON, aucun d’entre eux n’ont ni ipod, ipad et auto… ils travaillent tous pour arriver et s’endettent. Je suis positivement ÉCOEURÉE de l’égoïsme des Baby Boomer qui ont profité du système et en profite encore et se feront payer leur pension par ces mêmes étudiants…

    • V 24 avril 2012 at 14 h 17 #

      Plusieurs personnes m’ont dit avoir eu la larme à l’oeil en lisant ce texte. Je n’en ai pas eu en écrivant. J’en ai eu en lisant votre commentaire toutefois.

      Merci…

    • Louise Fournier 24 avril 2012 at 22 h 50 #

      isabelle, Je suis de tout coeur avec toi: mère de 4 enfants, dans la cinquantaine, je porte fièrement le carré rouge et je participe aux manifs quand je peux. Et je tente de convaincre qui je peux …pas facile
      Louise Fournier

  7. Daniel Guillemette 24 avril 2012 at 12 h 35 #

    Je préférerais la politique, mais s’il ne reste que la guerre a faire, je la ferai. Je n’ai rien de mieux a faire de ma vie, puisqu’avoir du succès dans un monde aussi corrompu implique que moi aussi j’écrase les autres, je refuse de tout mon être, et je serai mort comme j’aurai vécu, le plus honorablement possible.

  8. Marc-Antoine 24 avril 2012 at 13 h 09 #

    Merci pour cet article. Depuis le début de cette guerre, je n’entend, à 90% du temps, que de l’argumentation bidimentionnelle à vision unilatérale (malheureusement souvent des deux bords pour/contre). Ça fait longtemps que j’ai envis de lire quelque chose qui comporte une opinion plus approfondie et basée sur de l’analyse et de la logique plutôt qu’une stupide réponse émotionelle qui n’a aucune intélligence.
    Merci de me prouver, qu’au Québec, il y existe encore des gens capable de réfléchir et qui ne font pas que dire n’importe quoi. Je commençait sérieusement à me posé la question : Y a t’il encore des gens avec un cerveau qui se donnent la peine de comprendre les choses en profondeur?

    Merci beaucoup :)

    • V 24 avril 2012 at 14 h 18 #

      Merci de ce commentaire, qui me gêne un peu… ;)

  9. Sabrina 24 avril 2012 at 17 h 17 #

    Je suis pour la greve et je trouve sa dommage que la plupart du monde nous pense egoiste quand nous pensons surtout au generation futur!! Mais ton article est en totalite la verite meme si les medias essayer de montrer seulement les mauvais cote!!!!

  10. Sébastien 24 avril 2012 at 20 h 23 #

    Bravo. J’ai été très touché par ce billet. Ça m’écœure que les jeunes payent pour les erreurs et l’individualisme de ceux qui sont passés avant eux. Ça m’écœure de voir le Québec reculer depuis plusieurs années. Ça m’écœure que les étudiants fassent les frais d’une crise créée de toute pièce pour faire diversion.

    Le fossé qui se creuse entre les jeunes et les vieux est bien réel. La crise existe et la désinformation l’amplifie. Les vieux font la sourde oreille et leurs arguments sont imbéciles. Mais la crise elle-même, la raison qui fait que les Libéraux ignorent ainsi les étudiants depuis maintenant plus de 10 semaines et jettent de l’huile sur le feu pour exacerber cette crise, c’est pour qu’on regarde ailleurs, pour faire diversion.

    Pendant que les médias ne parlent que de la crise étudiante, ils ne parlent plus de scandales, de corruption dans le milieu de la construction, des millions de dollars jetés par les fenêtre dans des contrats donnés sans appel d’offre à des amis du parti.

    On fait diversion et pendant ce temps, les jeunes perdent foi en notre société, perdent foi en leur capacité de changer les choses. On les désillusionne alors qu’ils n’ont même pas encore entamé leur vie active.

    Charest s’en fout. Les jeunes ne votent pas pour lui de toute façon, et son attitude ferme lui fait gagner des votes auprès des vieux. C’est de la politique sournoise, cheap. Ah non c’est vrai… c’est pas de la politique, c’est la guerre. Et les vieux sont trop cons pour se rendre compte que Charest n’est pas de leur bord, il est du bord de personne. Il manœuvre pour se faire réélire et continuer à nous fourrer.

    C’est désolant. J’ai mal à mon Québec.

    Merci pour ce billet.

  11. Marc Fiset 24 avril 2012 at 21 h 01 #

    Ton texte m’a jeté à terre.

    D’entrée, je te dis que je suis pour l’éducation gratuite de A à Z parce que c’est le meilleur moyen pour former une société qui est consciente, critique de ce qu’elle est et lucide face aux enjeux auxquels elle doit faire face.

    Cela dit je m’interroge sur ton texte qui est réducteur, manque de nuance et n’a pas de perspective historique. Je trouve que tu fais de la politicaillerie en prenant à revers les arguments de la droite. C’est ce qu’il est convenu d’appeler une démonstration par l’absurde. Toi qui n’aimes pas la guerre, ton texte ne fait que la perpétuer.

    On est en pleine crise du capitalisme depuis la fin des années ’90. À tout le moins on constate une accélération des crises. La dette qui augmente est le dernier épouvantail des banquiers qui veulent préserver leur système et ce au détriment des salariés, du peuple en général. Il y a de l’argent dans le système mais elle est de plus en plus siphonnée par le 1%.

    Ce n’est pas une question intergénérationnelle. C’est une question d’avidité par les très riches qui en veulent toujours plus, qui veulent contrôler tout, faire toujours plus de profit, qui ne partagent pas (pas de taxe sur le capital, diminution des impôts sur les compagnies, etc.) et se fout du 99%.

    Le bon peuple lui à qui on a fait miroiter un système de santé publique, la retraite à 55 ans (Freedom 55), pense au filet social québécois sans égal en Amérique du nord, lui qui a payé pour ce rêve-là, lui qui croyait le laisser en héritage – parce que c’est dans la trame narrative de tout les gains sociaux – t’es en train de leur dire qu’ils sont en guerre contre les jeunes ?!?!? Foutaise.

    En fait le bon peuple est complètement lobotomisé par le discours dominant. Fais l’équation Qui contrôle les médias de masse ? Qui contrôle la force (l’anti-émeute) ? Qui la population va-t-elle croire ? Si on doit reprocher kekchose aux baby-boomers, c’est de s’être assis sur leur cul depuis 30 ans; moi le premier. Et de ne pas être resté vigilant. On a cru que c’était gagné et on s’est désengagé de la politique, laissant aller les magouilleurs corrompus qu’on a au pouvoir.

    Ça, c’est un phénomène générationnelle (cyclique) qui ne date pas des baby-boomers. Pense à ceux qui ont vécu la grande crise. Il a fallu que Roosevelt avec son « New Deal » monte aux barricades avec des mesures sociales qui assuraient une redistribution plus équitable pour que le peuple respire.

    Y a un type assez brillant, Einstein pour ne pas le nommer, qui a dit « Le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes qu’il engendre ne sauraient être résolus à ce même niveau. » Alors, je t’en supplie lève d’un cran ta réflexion et vise la bonne cible parce que sinon c’est l’extrême droite que tu vas réveiller : le populisme, la peur de l’autre. C’est déjà le cas en Europe où 6 pays ont des députés d’extrême droite à plus de 15% du suffrage. Regarde le 1er tour des élections en France.

    Les étudiants se battent pour le droit à une éducation gratuite et c’est faire le jeu du gouvernement libéral d’opposer ce droit à celui de la santé (qui est de plus en plus privatisé, soit dit en passant). On n’a pas besoin de ce genre de discours qui est 100 mille à côté de la cible.

    En terminant, je voudrais te dire qu’il y a de l’espoir. On était 250 000 à Montréal ce week-end. Beaucoup de têtes blanches parmi nous. Beaucoup de personnes qui croient que les richesses doivent être mieux réparties, qui veulent que l’État soit d’abord au service du bien commun plutôt qu’au service des lobbys ou d’un parti. Et puis il y a aussi les médias sociaux qui permettent une plus grande démocratisation de l’information de voir les choses autrement.

    Je suis venu sur ta page parce que sur FB on dit du bien de toi. Je vois que tu es très articulé. Je vais revenir te lire.

    Prends le pas personnel parce que quelque part je dois aussi te donner un peu raison. Il a trop de gens « intelligents » qui tiennent le discours que tu dénonces. Ceux-là ne sont pas tous naïfs.

    Marc

    • V 25 avril 2012 at 20 h 57 #

      Tout d’abord, merci de ton commentaire. Ça fait huit ans que je blogue et, à chaque fois qu’on publie, c’est comme lancer une bouteille à la mer. On espère provoquer des réactions, un débat, entendre un écho nous répondre. Mais ça n’arrive pas vraiment souvent… Donc, merci pour avoir pris le temps de me répondre de façon aussi précise et complète. J’espère que ce n’est pas la dernière fois.

      Ceci dit, je tiens à être clair sur les prétentions de mon billet : je ne suis qu’un petit blogueur. Je suis habituellement très peu lu. Dans le billet que je viens de publier, je précise davantage mon propos. (http://danslebayou.com/2012/04/25/10-000-clics-plus-tard/)

      Alors, je te le dis en toute amitié (je ne te connais pas encore beaucoup, mais j’en ressens déjà à ton égard), j’ai trouvé ça un peu raide quand j’ai lu que mon texte était réducteur et qu’il manquait de nuances et de perspectives historiques. Ce n’était qu’un billet de blogue, pas un article scientifique ou un programme politique… Un commentaire… Il ne prétend pas faire le tour de la question et répondre à tous les aspects. Déjà, il fait 2000 mots et, sur un blogue, c’est un peu excessif.

      À la limite, c’est ce qu’il cherche, provoquer la discussion. Donc, encore une fois en toute amitié, j’aurais quand même préféré que tu me dises que la conclusion de mon billet n’est pas la seule envisageable et qu’il fallait aussi regarder tel ou tel aspect. Je t’ai trouvé dur à mon endroit, donc. Mais je comprends que mon texte ou mon ton puisse avoir quelque chose de choquant. J’imagine que, comme dans mon billet, ça transparaît dans ton commentaire. Sans rancune, donc.

      Mais bon, à voir le retentissement qu’a eu ce billet, je comprends que je vais devoir l’assumer et que je ne peux m’en dédouaner. Si je manquais de nuances, je devrai en assumer la responsabilité. Merci de contribuer à améliorer ma réflexion et j’espère que nous aurons l’occasion d’échanger davantage.

      Au plaisir, donc!

    • V 25 avril 2012 at 21 h 02 #

      J’irai même plus loin : Si tu veux préparer une réplique à mon billet, je le publierai comme un article sur mon blogue. Je pourrais le faire tout de suite avec ton billet, mais je tiens à avoir ton approbation et te donner l’occasion d’y apporter des précisions si tu le désires.

  12. sandygagneletarte 24 avril 2012 at 23 h 16 #

    Juste comme ça, je ne suis pas émue à la pensée de Crick lllolol

  13. Marie 25 avril 2012 at 0 h 04 #

    Bonjour, concernant l’histoire de la matraque…

    « Ou encore que des filles soient menacées de se faire rentrer une matraque entre les deux jambes par des analphabètes fonctionnels édentés en gilet par balles, engagés par la direction, comme c’est arrivé à l’Université de Montréal. »

    Est-ce que quelqu’un a des nouvelles par rapport à ça ? J’ai vu quelques blagues à ce sujet, mais je n’ai pas trouvé d’information claire… Est-ce que quelqu’un les connait ou sait si elles vont-elles porter plainte ? Quand est-ce que ça s’est passé ?

    Si c’est arrivé pour vrai, c’est extrêmement grave et ça doit sortir au grand jour.

    • V 25 avril 2012 at 20 h 35 #

      Je ne sais pas, je n’ai été témoin de rien. Ce sont des choses qui circulent, avec d’autres… Je voulais rapporter ces échos ici, mais je ne suis pas personnellement en mesure d’établir des faits à ce sujet.

  14. Stéphane 25 avril 2012 at 5 h 03 #

    Merci pour ce bon texte. Ne pas oublier quand même que la politique ne se conçoit pas sans rapports de force. Les étudiants (et leurs sympathisants) sont en train de constituer une force politique qui doit perdurer et peser dans le débat politique pour les années qui viennent. Il ne s’agit pas seulement de hausse des droits de scolarité: il s’agit de défendre une société plus équitable, plus juste, une société où les intérêts communs priment sur les intérêts particuliers (ceux des citoyens égoïstes que vous caricaturez très bien, mais aussi ceux des compagnies minières, des entreprises des médias, des groupes pharmaceutiques, des corrompus et des corrupteurs…).

  15. Véronique Trudeau 25 avril 2012 at 18 h 51 #

    Je t’aime Claude!

  16. Julie McCann 9 mai 2012 at 9 h 37 #

    Très bien exprimé. Ça fait tellement le tour de ce que je constate. Bravo!

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  1. 10 000 clics plus tard… « V dans le bayou - 25 avril 2012

    [...] ce genre de division pour maintenir leur pouvoir. (Si ça vous intéresse, Marc Fiset, dans les commentaires.) Je trouve cette voie très intéressante et j’accepte de maintenir le dialogue là-dessus. [...]

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