Les sans-gênes

19 avr

«Force nécessaire pour assurer la sécurité», selon notre ministre de la Sécurité publique.

Il y a des gens qui n’ont absolument aucune gêne.

Comme Jean Charest et Line Beauchamp, qui se permettent de jouer aux inquisiteurs avec les leaders étudiants pour qu’ils «condamnent» la violence et ce, dans un délai donné. Pourquoi pas déguisés en mime en dansant la twist, tant qu’à faire…

Après avoir attendu plus d’une cinquantaine de jours de grève avant de montrer la moindre ouverture au dialogue, agi de manière paternaliste à l’endroit des étudiants et encouragé la judiciarisation du conflit, il y a quelque chose de scandaleux dans le fait de voir ce gouvernement demander aux associations étudiantes de porter seules le poids du pourrissement du conflit. La stratégie est habile, elle permet de prendre les assos à contrepied et de détourner complètement l’attention de l’enjeu de fond de la grève. C’est ce qu’on tente de faire depuis le début, notamment avec les débats sémantiques… Dire que le conflit se trouve exactement là où le gouvernement souhaitait l’amener serait abusif. Je vais donc me contenter de le penser.

Mais à regarder ce qui s’est passé hier à l’UQO, on en profite pour adresser nos salutations cordiales à tous ceux qui ont mené à la judiciarisation du conflit. Ils étaient peut-être dans leur droit d’agir ainsi. Ils sont néanmoins positivement responsables d’avoir entraîner dans le débat des juges qui sont étrangers à la culture des institutions d’enseignement post-secondaire et d’avoir réclamé puis obtenu des jugements qui sont, de par la nature du conflit, inapplicables.

La vérité, c’est que le gouvernement n’a aucune crédibilité lorsqu’il dénonce les méfaits causés par les manifestants, alors qu’il ferme les yeux sur les abus commis pas les autorités dans cette crise.

Voici un petit résumé des actions questionnables qui ont été posées depuis le début.

  • Policiers chargeant les manifestants alors qu’ils se dispersent, lors de la manif du 1er mars devant l’Assemblée nationale.
  • Un jeune qui perd un œil, alors qu’il est assis à jouer de l’harmonica, suite à l’utilisation douteuse de matériel de dispersion, lors d’une occupation pacifique devant un immeuble à bureau. Le jeune allègue que les policiers lui ont refusé assistance.
  • Des policiers camouflant leur matricule lorsqu’ils interviennent dans les manifestations, démontrant par l’absurde que les manifestants masqués ne sont pas les seuls à avoir des choses à cacher…
  • Expulsion musclée de manifestants à l’UQAC, condamnée par plusieurs professeurs de l’institution.
  • Sanctions à l’égard d’élèves du primaire et du secondaire ayant manifesté leur appui aux grévistes.
  • Arrestation de deux journalistes, devant les bureaux de Lyne Beauchamp et saisie de leur matériel.
  • Un haut-fonctionnaire des Affaires municipales qui invitent les militants anti-grève à s’inspirer des fascistes années 30.
  • Embauche, à l’Université de Montréal, d’une force de sécurité composée de gorilles incarnant à merveille les limites actuelles de l’accessibilité aux études, certains portant des gilets pare balles (!??) et adoptant un langage offensant, notamment à l’égard des professeurs et des membres de minorités visibles.
  • À l’UQO, arrestations de professeurs, journaliste bousculée, profilage idéologique pour l’accès au locaux et arrestation de 160 manifestants par les forces du désordre de l’ordre.

Bref, devant ce climat de crise, un gouvernement responsable appelerait à la tempérance et à la mansuétude des détenteurs du droit exclusif de l’usage de la force par l’État.

On ne lui demande même pas de «condamner» le travail des policiers. Il ne le peut pas vraiment, c’est vrai. Mais quand on exprime avec autant de passion son rejet de la violence et qu’on se permet de faire la leçon aux autres, on se crée une obligation de montrer patte blanche. On ne peut pas être à moitié au-dessus de la mêlée, témoigner d’une moitié de sens de l’État.

Mais ce gouvernement ne le fera pas, inciter les autorités à la prudence. Il ne le fera pas, parce qu’il est très à l’aise avec la force déployée pour casser la grève.

Mais là où tout cela a de quoi choquer, c’est lorsque l’on fait le bilan du degré de responsabilité de ce gouvernement dans l’application de ses fonctions régaliennes de l’État. À ce moment, on se rend compte à quel point c’est plus facile de condamner une bande de flops de 21 ans que de courir après de grosses légumes.

Et les arrestations de l’UPAC de cette semaine viennent nous le rappeler opportunément.

  • Ce gouvernement a minimisé aussi longtemps qu’il a pu les révélations entourant l’industrie de la construction. «Des allégations», tout au plus, a-t-il répété pendant un an.
  • Pour éviter de créer une commission d’enquête, il a évoqué qu’il faudrait trop de temps pour la mettre en place. Cela fait maintenant 3 ans et la commission annoncée à l’automne n’a pas encore commencé ses audiences. Combien de temps avons-nous perdu? Combien de preuves ont été détruites?
  • Devant l’évidence et la multiplication des faits, se rapprochant de plus en plus de lui, il n’a pas eu le choix, il a fini par créer l’Escouade Marteau.
  • On a également défendu, aussi longtemps qu’on a pu, David Whissel et Tony Tomassi, pour qui on avait modifié les règles d’éthique liant les ministres, le deuxième ayant même reçu une ovation debout de ses collègues, quelque jours avant de démissionner pour une histoire de pot-de-vin, pour laquelle il fait actuellement l’objet de poursuites criminelles.
  • On a continué de nier les évidences avec la dernière énergie, dans le dossier des garderies, en refusant de dévoiler les rapports d’évaluation des projets accordés à des contributeurs libéraux.
  • On se rappelle également les révélations de Bellemare sur la nomination des juges, du cirque de la commission Bastarache et de notre rencontre avec les personnages de Charles Rondeau et Franco Fave, de la découverte des «post-it» de Chantal Landry.
  • Les procureurs de la Couronne et les juristes de l’État, force active du gouvernement pour faire respecter ses lois et s’assurer du développement d’une jurisprudence favorable à l’intérêt collectif, n’ont pas oublié le peu de cas qui fut fait de leurs conditions de travail par ce gouvernement si épris de justice.
  • Voyant que rien ne permettait de rétablir la crédibilité du gouvernement, on a fini par créer l’UPAC. Pour que le gouvernement invente ce qu’il présente aujourd’hui comme une panacée, il aura fallu deux ans.
  • Après le rapport Duchesneau, acculé au pied du mur, deux ans et demi après le début des révélations, Jean Charest finit par créer une commission d’enquête transparente et indépendante, non pas sans avoir initialement tenté de nous refiler sa «patente à gosses» et d’avoir humilié au passage deux ou trois de ses ministres.
  • Suite aux fuites informant le public qu’une taupe s’apprêtait à dévoiler des renseignements policiers ultra-sensibles au crime organisé, ordonner une enquête sur les fuites, plutôt que sur la taupe.
  • Encore aujourd’hui, le gouvernement se fait tirer l’oreille pour fournir aux enquêteurs les documents nécessaires pour faire la lumière sur l’attribution des places en garderies. Cherche-t-on à protéger Michelle Courchesne?

Voici donc un gouvernement qui a foulé au pied un nombre incalculable d’institutions démocratiques québécoises, qui a étiré l’élastique éthique à son maximum, qui a joué au chat et à la souris aussi longtemps qu’il a pu pour éviter d’aller au fond des choses.

Et c’est ce gouvernement de sans-gênes qui vient faire la morale aux assos aujourd’hui?

Mais, ma parole, de l’autorité morale, il n’en a plus!

Quand le gouvernement lui-même témoigne d’aussi peu d’attachement à ses propres fonctions régaliennes, comment peut-il se scandaliser ensuite que les gens les respectent eux-mêmes si peu?

C’est un peu comme si McDonald’s dénonçait la malbouffe ou que BP condamnait la pollution des océans.

Abimer la propriété publique témoigne de bien peu d’attachement aux valeurs collectives que l’on dit défendre. Heureusement, les blessures graves dans tout ce conflit demeurent rares, ce qui témoigne que, mine de rien, ce conflit a été remarquablement bien ordonné depuis le début. Les seuls actes «irréparables» sont venus du côté des policiers en fait…

Ça ne vient pas légitimer le vandalisme, donc. Vandalisme qui sert manifestement très bien la stratégie du gouvernement.

Mais cela vient simplement nous rappeler que la morale, l’ordre public et le bien commun, ça n’intéresse bien les libéraux que lorsque ça sert leur intérêt partisan.

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