
Plan de la CAQ, un «bloc québécois» nouveau genre...
Sérieusement, je retenais cette analyse depuis longtemps. Je me permettais de l’énoncer en privé, mais je ne voulais pas laisser de traces ici. Faut dire que les odds ne sont pas de mon bord… Je m’attends à un lobby très intense sur mon wall Facebook pour m’expliquer pourquoi je suis dans l’erreur. Mais bon, j’ai toujours aimé faire des prédictions politiques long shot. Pourquoi m’arrêter aujourd’hui?
Alors, je me lance. Depuis le début, j’ai le sentiment que la nouvelle initiative politique de François Legault contient dans son ADN les éléments qui la conduiront à l’échec. Avec la défection de François Rebello, annoncée hier, ça n’aura pas l’air évident de conclure ça. Mais c’est justement ce qui m’en donne la conviction absolue.
Je vous explique mon raisonnement.
Il y a de quoi qui ne fonctionne pas à la base là-dedans. Trop de gens, non pas avec des sensibilités différentes (ce qui est l’essence d’une coalition), mais bel et bien avec des idées s’opposant les unes aux autres en bonne et due forme. En fait, la CAQ, ça commence vraiment à être du gros n’importe quoi.
On me parle de «l’effet NPD». Les gens ne regardent pas vraiment les programmes, ils ne se livrent pas à une analyse fine, tout comme nous, des positions des différents partis. Selon la prédiction répandue, les électeurs n’y verront que du feu et finiront par voter pour Legault comme des poissons.
Sauf que l’effet NPD, c’est un phénomène politique qui a pris forme et qui a eu besoin de tenir sur une vingtaine de jours. Autrement dit, pour François Legault, les élections ne viendront jamais assez vite.
Je l’ai déjà écrit ici. Depuis les 15 derniers jours de 2011, François Legault a un caucus à gérer, des positions à imposer, des lignes de presse à faire tenir. 2012 n’avait pas encore dix jours que Rebello les avait déjà fait exploser.
Prenez connaissance de cette entrevue accordée à Antoine Robitaille, dans Le Devoir. Sérieusement, c’est du bonbon. Pour connaître François, je l’entends dire ces phrases au journaliste, avec son ton habituel, mélangeant légèreté et certitude. En gros, avec François Rebello, ça sonne toujours comme assez simple et évident. En une certaine époque, je l’avais surnommé «le Denis Coderre du PQ». Son attitude «gros bon sens», sa voix grave… Deviendra-t-il le Denis Coderre de la CAQ?
La meilleure, c’est la citation suivante : ««M. Legault m’a dit: “Tu peux être souverainiste dans la Coalition” et “la porte de la souveraineté reste ouverte”. A-yo-ye. Jean Charest a eu son cadeau de Noël 2012 vraiment tôt cette année… Déjà, mes contacts fédéralistes spinent cette ligne sur Twitter et Facebook avec autant d’enthousiasme que la misère se jetant sur le pauvre monde. Moi, je veux une réaction là-dessus de Gérard Deltell, pis vite! En tout cas, il n’en fallait pas plus pour donner du gaz aux dissidents adéquistes qui s’opposent à la fusion.
Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur le premier argument évoqué par Rebello pour justifier son nouveau statut de transfuge, soit son souhait «d’entreprendre un Québec vert». Vraiment François? Pour un parti dont le programme ne contient pas encore une ligne sur l’environnement? Dans un texte de 460 mots dont la seule allusion à l’environnement est «Et cela, particulièrement au plan des technologies vertes si essentielles au mieux-être de l’humanité.»? Come on François, tu es meilleur que ça d’habitude.
Non, sérieusement, tout ça devient de plus en plus tout croche et incohérent. Ceux qui critiquent Legault comme ceux qui le défendent me répondent que toutes ces belles petites bouches, désireuses de connaître le goût du pouvoir et des limousines, demeureront coites, laissant la prérogative au chef d’imposer son agenda.
Et si c’était ça le problème justement?
Les Québécois cherchent une nouvelle offre politique. Le pari de Legault, c’est justement de leur offrir ce qu’ils détestent de la politique, soit de la compromission, de la langue de bois, des députés qui défendent non pas leurs concitoyens mais la ligne de leur parti. Des «j’ai pas voté pour ça», préparez-vous à en entendre.
Il arrivera à la CAQ la même chose qui est arrivée à l’ADQ, par deux fois. Au fil du temps, les contradictions apparaîtront, le discours du chef et des porte-parole autorisés se fera de plus en plus incolore et sans saveur dans cette recherche de plaire à tous et chacun en ne se compromettant pas et, avant peu, apparaîtra la perception générale que François Legault et ses caquistes «sont comme les autres». Et les gens qui diront ça auront raison.
Pour l’instant, Legault est là où il veut être. Les électeurs souverainistes croient qu’il est souverainiste. Les électeurs fédéralistes le croient lorsqu’il dit qu’il a renoncé. Et les militants des deux camps qui spinent précisément le contraire. En privé, Legault tient alternativement les deux discours. Mais ça ne tiendra pas. Ça ne pourra pas. Legault ne pourra pas survivre pendant plusieurs mois en continuant à parler des deux bords de la bouche à tout le monde. Rebello vient d’éventer le pot aux roses.
Et même si Legault est meilleur que Dumont (sans le charisme et la répartie), même si son entourage est plus expérimenté, on ne pourra indéfiniment faire tenir tout le monde ensemble. Dans l’immédiat, il devra mettre Éric Caire, Gérard Deltell, François Rebello et lui-même d’accord sur un registre québécois des armes à feu, sur une riposte au budget du Québec à venir, sur une position linguistique, sur le maintien de l’appui à un moratoire sur les gaz de schistes et tutti quanti. Penser que tout le monde va se la fermer, qu’aucun d’entre eux, confronté à tous les jours à la presse parlementaire dans le pied carré qu’est la colline, ne finira par en échapper une, laissant apparaître autant de contradictions, c’est tragiquement mal connaître le dynamique de l’aquarium. Je vous confirme de premières sources que les journalistes de la Tribune de la presse en trépignent déjà… Et encore, il y aura des discussions inextricables en caucus et, si ça doit marcher, jusqu’en conseil des ministres. Bientôt, 125 candidats qui vont se promener partout au Québec en prétendant parler au nom de la CAQ. Patrick Lebel et Martin Koskinen, les lieutenants de Legault, sont des gens très forts, je l’atteste. Mais ils ne pourront pas tout contrôler, c’est impossible. On a hâte au congrès!
Et avec tout ça, on ne sait toujours pas ce qu’il adviendra de la fusion CAQ-ADQ. On nous dit qu’il n’y a pas de danger. Mais, sans avoir un réseau super représentatif de l’ADQ, sur trois adéquistes que je connaisse, deux d’entre eux s’y opposent. Y a qu’à voir les manœuvres pour l’imposer et on comprend que les patrons de l’ADQ n’étaient pas sur un safe ground.
Non, sérieusement, je l’avais senti pendant le temps des fêtes que la discussion autour de la dinde n’était pas bonne pour François Legault, contrairement à celles autour du jambon de Pâques ou de la piscine. Je l’ai senti dans ma famille, en sortant prendre un verre à Métabetchouan, des gens qui étaient prêts à donner une chance à Legault et qui commencent à être déçus. Plus de 4 millions de Québécois ont vu le sketch du Bye Bye. Et certains qui sont allés flâner dans l’entourage de la CAQ, dans l’espoir d’être candidats, et qui en reviennent avec un goût aigre dans la bouche. Déçus, eux aussi. Et la déception en politique, c’est peut-être le pire sentiment à affronter. Encore une couple de gestes comme celui de Rebello, encore quelques wannabe députés éconduits et le nombre des déçus augmentera, leur sentiment s’affirmera et Legault sera défini. «Politicien comme les autres.» Jugement inéluctable, inébranlable et, à vrai dire, plutôt justifié.
Donc, je le résume en une phrase, si c’était encore nécessaire : si les élections n’ont pas lieu avant la Fête nationale, Legault est mort. Parce que dans l’ADN de son parti se trouvent déjà les raisons qui font en sorte que les Québécois ne veulent plus des autres.



Votre commentaire est tout à fait pertinent et limpide. Vous exposez clairement comment la composition même de la CAQ lui sera fatale. Au-delà du fait de rassembler des gens aux opinions différentes. ce qui n’est pas forcément un désavantage, puisque de la confrontation des idées peuvent parfois émerger des idées porteuses et novatrices, cette formation politique porte en elle tous les germes de la discorde. Des idéaux irréconciliables, des positions peu claires sur un nombre trop important de sujets et une sorte d’amateurisme à essayer de nous faire croire que ces gens-là ont des solutions pour le Québec, voilà, à mon sens, quelques-unes des raisons qui feront que la CAQ explosera en plein vol à un moment donné. Sur le moindre sujet, Legault devra faire des compromis, négocier au sein de son caucus et forcément décevoir un nombre toujours plus croissant de ses partisans, au fur et à mesure que les dossiers seront abordés.
Comme vous, je ressens également le même début de déception et de frustration dans mon entourage élargi concernant la CAQ. La lune de miel des Québécois avec FrançoisLegault semble déà devoir achever. Le réveil risque d’être difficile pour M. Legault et sa petite clique d’opportunistes plus pressés de sauver leurs sièges que d’assurer un véritable avenir au Québec et aux Québécois.