De religion et d’éducation

20 fév

Explication de la présence de l'homme sur Terre ayant la même valeur que la théorie de l'évolution, selon le programme d'ECR

Au tournant de la nouvelle année, je cherchais une manière de souligner ce passage sur mon blogue, autrement qu’en remettant des prix genre «coups de cœur» ou «citron». (J’ai toujours trouvé ça un peu prétentieux et convenu…) J’avais entrepris plutôt de faire une liste des choses qui m’énervent quand je lis. Finalement, j’ai abandonné, j’avais trop de matériel. Et je trouvais ça pisse-vinaigre en plus. Après tout, c’est le Jour de l’an…(J’aurais pu commencer une série de courts billets toutefois… À méditer…)

Tout ça pour dire que j’ai pensé commencer ce texte en l’intitulant «Pour en finir avec le cours d’ECR». Mais je me suis ravisé. Ça fait partie des choses qui m’énervent, les textes intitulés «Pour en finir avec…». Heille, mon ptit cerveau? Penses-tu vraiment que tu vas boucher tout le monde et ramasser le débat, avec ton blogue lu par 28 de tes amis?

Personnellement, je n’ai pas autant de respect pour ma propre opinion. Je ne prétends surtout pas qu’elle est complète, qu’elle couvre tous les aspects du débat. Ceci dit, dans celui qui a court il y a, encore une fois, des éléments qui m’énervent et je me suis dit que ce serait faire œuvre utile que d’en souligner quelques-uns… Bien humblement, cela s’entend!

1- Le mythe de l’enseignement religieux unidimensionnel

J’entends un certain propos, venant des défenseurs du cours d’ECR, présentant celui-ci comme une solution incontournable à l’unidimensionalité catholique qui avait court avant la réforme. À les entendre, avant ECR, les écoliers québécois étaient prisonniers de l’enseignement du petit cathéchisme, prodigué d’une manière solidement encâdrée par les autorités cléricales.

Puisque j’ai fait mon cours secondaire dans une école privée catholique, je pense que je suis bien placé pour nuancer ce propos. En enseignement religieux, au secondaire, je me rappelle très bien avoir eu à faire des travaux sur les autres religions. (J’avais pris le mormonisme. Y avait eu de la chicane à savoir qui prendrait le satanisme…) Nous avions eu un exposé oral à faire sur les ITS également. (Ça rivalisait d’acétates montrant les éruptions les plus purulentes…) On nous donnait des travaux, des réflexions à faire sur la pauvreté, la diversité (oui!), nos rêves, nos ambitions. Tout ça en enseignement religieux. Oui, oui! Non, on ne nous collait pas perpétuellement le nez dans la Bible et on ne nous en faisait pas apprendre les versets par cœur.

Certes, tout cela était souvent accompagné de la lecture d’un texte religieux. C’était le cadre… N’empêche. Mon école avait la bonne pratique d’organiser une journée où nous étions libérés de nos cours, (en secondaire 3 et 4, je ne me souviens plus…), alors qu’un professeur accompagné de sa conjointe répondaient à toutes nos questions concernant l’éducation sexuelle. Les mystères de la contraception m’ont donc été exposés, sans biais et sans états d’âme par le même professeur qui me donnait non seulement l’enseignement religieux, mais qui était en plus directeur de la pastorale de l’école. (Il nous avait également dit que c’était un mythe que de penser que deux partenaires, dans un bain, pouvaient, par un phénomène de succion, se retrouver… M’enfin, vous comprenez…) Je peux dire également que, dans ce fameux bureau de la pastorale, j’ai trouvé bien plus souvent des conseils éclairés et des encouragements avisés que des paroles d’Évangile. Celui que j’y ai rencontré, ça a bien plus souvent été moi-même que le bon Dieu. Dans mon expérience, les agents de pastorale ont valu bien des travailleurs sociaux (en tout respect pour les TS, que j’aime beaucoup aussi, par ailleurs…).

Où est-ce que je veux en venir? C’est que c’est bien possible que, comme société, on soit rendu à décider que les valeurs chrétiennes ne doivent plus servir de cadre à tout ceci. Ceci dit, cessons de prendre pour a-priori, pour justifier ce changement, que le système précédent faisant l’impasse sur la diversité religieuse, les questions d’ordre éthique ou moral, en plus d’enfermer nos jeunes dans une bigoterie dépassée. Non, on ne m’a pas appris en enseignement religieux que la théorie de l’évolution était une vaste fumisterie et que le monde avait en fait été créé en sept jours…

2- Le programme «n’enseigne» pas d’autres religions

C’est quelque chose que j’entends venant des opposants au programme, que de dire qu’ils ne souhaitent pas que leurs enfants soient exposés, à un si jeune âge, à d’autres récits religieux.

Ne vous en faites pas : votre enfant ne deviendra pas musulman! Il ne deviendra pas non plus un adepte de Guru Nanak… Il se pourrait même qu’il demeure un bon chrétien, si tant est que vous le souhaitiez et que vous soyez un parent qui comprend que, pour transmettre ses valeurs à son enfant, il faut passer un tant soit peu de temps avec lui, en faisant autre chose que de le pluguer sur sa Wii. Le but du cours n’est pas de «vendre» à vos enfants une nouvelle foi religieuse, mais de lui expliquer que, en ce bas-monde, il y a tout plein de monde qui croit à tout plein de choses. Le cours n’a pas pour vocation d’enseigner «l’islam», «le christianisme» ou «le judaïsme», il a pour but d’exposer ces expressions de la foi pour aider à mieux comprendre ceux qui les vivent.

J’ai également plutôt tendance à faire confiance à ceux qui nous disent que le rôle du christianisme comme tradition fondatrice du Québec n’est pas oblitéré. Je suis ce genre de naïf là. Que voulez-vous, je suis de bonne foi! (Excusez-la!!!)

3- Ceci dit, le programme a bel et bien une orientation idéologique

On avait dit beaucoup de mal de l’étude mon amie Joëlle Quérin, publiée il y a quelques années, sur le cours d’ECR. On s’en était pris à elle à cause de ses affiliations idéologiques et des bailleurs de fonds de son étude. Attaques ad hominem, facile à contrer. La critique qui fût moins bien répondue est venue de ceux qui accusaient Quérin de ne pas s’être penchée sur la réalité qui avait cours dans les classes, de ne pas être allée à la rencontre des enseignants qui prodiguaient ce cours. On lui reprochait également d’avoir citer Richard Martineau dans son travail. (C’est pas beau ça, Richard Martineau…)

Or, l’objectif de Joëlle avec sa recherche a toujours été très clair : en effectuant une revue de littérature des propos et des écrits de ceux-là mêmes qui avaient pensé et conçu ce cours, elle cherchait à identifier quelles étaient leur intention. Il s’avérait que, de manière très candide, très intègre et très assumée, les différents acteurs expliquaient que leur intention était bel et bien de gagner, dès leur plus jeune âge, nos tout-petit aux vertues du multiculturalisme. À travers des idées comme «la reconnaissance de l’autre», un des intervenants allaient jusqu’à dire qu’il fallait expliquer à nos jeunes qu’il n’y avait pas de pratiques religieuses qui n’étaient pas acceptables. Ça, ça va même plus loin que la très molassonne attitude de notre très libéral gouvernement à l’égard des accommodements religieux…

Le multiculturalisme n’est pas le seul modèle de gestion de la diversité. J’irai même plus loin et je dirai que ce n’est pas le seul qui porte en son sein des vertues comme l’ouverture et la générosité. En fait, je suis de ceux qui croient plutôt que le multiculturalisme amène l’isolement et la dissolution du collectif. Bon, vous pouvez être d’accord ou pas avec moi. Je veux juste mettre une chose en relief : c’est que le multiculturalisme est un choix idéologique et que, bien qu’il soit permis d’en débattre, certains ont plutôt souhaité et agi pour que celui-ci soit un jour considéré comme un absolu par tous et chacun. Je le répète, vous pouvez être d’accord ou pas. Mais c’est un choix idéologique et il faut l’admettre. C’est le seul point que je veux démontrer ici.

On me rapporte d’ailleurs que l’acceptation de la diversité constituait le coeur de la plupart des projets pédagogiques des écoles francophones de l’ouest de l’île de Montréal. Et le civisme? Le respect de soi et des autres? La transmission de la culture québécoise? L’environnement, à la limite? La diversité, je veux bien, mais est-ce vraiment la vertue  cardinale qui doit définir notre société? La diversité culturelle, il me semble, c’est une réalité du Québec. Pas un projet de société en soi-même. Et d’ailleurs, on l’emmène vers où, cette société diversifiée? Personnellement, moi, c’est beaucoup plus ça qui m’intéresse…

Il en va de même avec le relativisme. On rapportait un exemple, celui d’un exercice dans un cahier d’ECR de 3e année du primaire, où on exposait les choses comme suit : «Les chrétiens pensent que le monde a été créé en 7 jours. D’autres que l’humanité est le fruit d’un long processus d’évolution. Certains croient même que ce sont des extraterrestres qui ont amené la vie sur la terre! Toi, qu’en penses-tu?»

Écoutez, avant d’aller plus loin, je vais le dire une fois pour toutes : je m’assume encore comme un chrétien. Or, j’adhère à la théorie de l’évolution à un point où je ne saurais même tolérer que, dans notre système scolaire, on admette qu’une autre option soit possible. (C’est comme la guerre que mênent les fondamentalistes américains pour ramener l’enseignement du dessein intelligent à l’école, mais à l’envers.) En outre, je refuse que les élucubrations raéliennes ou scientologiques trouvent leur place dans un cours qui a pour but, en utilisant le récit des grandes traditions religieuses, de sensibiliser les jeunes à la diversité. Et surtout, en conclusion, je l’aime bien moi, le ti-poute qui rempli cet exercice à l’école, mais à vrai dire, on s’en sacre un peu de son «toi, qu’en penses-tu?». L’évolution, c’est un fait scientifique. Il y a des nuances, la sélection naturelle, différentes approchent, les chaînons qui manquent, les trous dans l’arbre, la génétique qui joue un rôle, mais il y a une réalité : il n’y pas de grand géant ou d’extraterrestres qui nous ont shooté sur la terre, on n’est pas là depuis seulement 5000 ans et on n’a pas côtoyé les dinosaures. That’s it, that’s all. Pour le reste, croyez ce que vous voulez, mais ne venez pas dire à nos enfants que tout ceci s’équivaut.

Revaloriser le sentiment de compétence de l’élève quant à sa capacité de réflexion personnelle, un des objectifs de la réforme, je veux bien. Mais se dégage de tout ça une espèce d’ambiance où on dit à l’élève que tout ce qui sort de sa caboche a un caractère merveilleux. On voudrait enseigner aux jeunes que toutes les idées ont le droit de s’exprimer dans la vie, on finit plutôt par lui faire comprendre que dans la réalité, il n’y a pas de vérités absolues ou de faits qu’on doit considérer comme avérés. Tant qu’à ça, rendons obligatoire le visionnement de «The Matrix» à l’école, je trouve que ce serait encore plus pédagogique…

Bref, à chacun sa vérité, chacun sa compréhension du monde, mais à une exception près : la reconnaissance de l’autre, la diversité, le multiculturalisme.

En conclusion : On a tu vraiment besoin de ça?

Je l’ai évoqué plus tôt, notre société s’est sécularisée, elle a voulu (et elle veut de plus en plus) séparer ce qui concerne la religion de l’action de l’État. Et c’est bien correct. Alors justement, a-t-on vraiment encore besoin d’un cours consacré à la spiritualité dans notre cursus scolaire? Mais oui, je sais bien, le fait religieux, c’est une réalité importante dans notre monde et il faut que les enfants y soient sensibiliés. Mais est-ce plus important que la théorie économique? Que la compréhension des différents courants idéologiques? Que l’enseignement du RCR? Que la langue française, quand on voit comment nos jeunes écrivent et du peu de place qu’on accorde à la littérature dans notre société? Que la langue seconde, obsession de notre temps? Que l’enseignement d’une 3e langue? Que l’éducation physique, à la vue nos taux d’obésité? Que l’éducation sexuelle, enfant pauvre de la réforme?

Personnellement, je m’intéresse beaucoup aux sciences religieuses. Mais au nom de quoi celles-si sont-elles devenues si importantes qu’elles nécessitent, à elles seules, un cours en lui-même et ce dans chacune des onze années des cours élémentaires et secondaires, alors que la politique, l’économie, l’histoire et la géo peuvent bien s’accommoder d’être abordées ici et là, mais pas à tous les ans? Si on veut revaloriser l’élève et son autonomie, à la limite, pourquoi nos enfants ne disposeraient pas, dans leur cursus scolaire, de périodes encadrées pour exprimer leurs rêves, leurs ambitions, concevoir des projets qui leur tiennent à cœur et les mener sur le long terme? On cherche justement des moyens de garder nos jeunes à l’école…

En définitive, le cours d’ECR avait pour ambition d’offrir une transition à l’enseignement moral et religieux. Super. C’est fait maintenant. Pour l’avenir, mettons donc fin au débat et «sacrons» son contenu dans le reste du volet «univers social». (Je suis assez fier de mon choix de verbe…)

Bref, mon texte aurait bel et bien plus s’appeler : «Pour en finir avec le cours d’ECR.»

Tags:, ,

Better bilingual than honest

10 fév

Le genre de messages très intelligents qu'utilisent les fédéralistes pour élever le niveau de la politique...

«Il paraît bien, pis en plus, son anglais est bon.»

C’est en ces mots que Marcel Dutil, avec son proverbial gros bon sens d’entrepreneur beauceron, avait expliqué son appui à Mario Dumont, en 2002, lors de son mémorable passage au Canadian Club.

Voici la question de départ donc : bien paraître et avoir un bon anglais, sont-ce vraiment les deux qualités les plus importantes pour devenir premier ministre?

Vous voyez où je veux en venir, à ce petit vidéo pas trop honnête qui a, cette fois-ci, réussi à faire grand bruit. Je parle évidemment de ce montage mettant en scène certaines difficultés de François Legault avec l’anglais.

Mon premier commentaire, ce serait de conclure que les patrons du Parti libéral ont décidé, les élections approchant, de mettre fin à la pénitence de Michel Rochette et de lui redonner son ordinateur. Mais ce serait une conclusion hâtive et sans fondement, alors je vais me contenter de le penser.

Ceci dit, je ne manquerai pas l’occasion de faire un billet là-dessus. De un, parce que c’est ma chance de prendre la défense d’un adversaire (deux fois en deux mois, quand même!) et ainsi, de contribuer modestement à améliorer le climat politique. De deux, ça me permet de développer un propos que je retenais depuis trop longtemps, maintenant qu’on ne peut plus m’accuser de le faire simplement pour défendre ma propre chef.

Tout d’abord, une figure imposée. Dans la vie, connaître l’anglais, c’est important. (Non mais, c’est vrai, tout texte sur cette question qui ne commence pas ainsi va valoir à son auteur l’accusation d’être «fermé», aux langues ou sur le monde (ou les deux, c’est selon). Et encore, j’aurai amené toutes les précisions et les nuances du monde, qu’à la fin, il s’en trouvera encore pour me dire que je ne trouve pas ça assez important. Le bilinguisme, c’est comme l’Opus Dei : si tu ne portes pas le cilice, t’es pas un real.)

L’anglais, c’est important et je dirais même que sa connaissance donne accès à tout un monde de possibilités, allant du voyage, à la découverte de nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques dans leurs langues originales. Vous pourrez rencontrer des personnes merveilleuses en vous adressant à eux dans leur propre langue. Quand on est un french, les mots si sensuels et ronds en bouche de notre langue peuvent même devenir des armes dévastatrices, une fois déposés dans une oreille que vous aurez préalablement disposée, au moyen de l’anglais, à la quête de l’aventure et de l’exotisme. (J’étais sceptique aussi…) N’est-ce pas super?

Tout comme l’apprentissage de toutes les langues du monde d’ailleurs. J’en ai déjà parlé ici. Évidemment, dans notre contexte québécois, en pleine Amérique du Nord, l’anglais joue un rôle différent du swahili. Ne serait-ce que parce que c’est la langue maternelle de 20% de nos concitoyens. Non, l’anglais n’est pas «une langue étrangère», n’en déplaise à Mario Beaulieu.

Ceci dit, si j’en ai contre quelque chose, c’est contre l’élévation d’une connaissance parfaite de l’anglais au rang de condition absolue du bonheur, de la réussite ou de l’ouverture sur le monde.

Je le redis (parce que c’est nécessaire, figure imposée…), je parle anglais et je suis content de le faire. Je pense que je suis un meilleur humain parce que je parle anglais. (Et comme je le deviendrais aussi par la connaissance de toute autre langue… Trouvez pas qu’au Québec on néglige les langues autochtones d’ailleurs?) Ceci dit, je suis convaincu qu’il se trouvera encore des gens pour me dire que mon niveau d’anglais ne me permet pas de dire que je le parle, même après cinq semaines en immersion totale aux États-Unis, en parfaite autonomie. Parce qu’en plus, il ne suffit pas de parler anglais. Il faut le parler parfaitement, dans l’accent d’Oxford ou de DDO, si possible.

Quiconque a déjà côtoyé des anglophones pendant une longue période sait très bien que ceux-ci ne se formaliseront pas de notre accent, de nos hésitations et de nos petites erreurs ou gallicismes. Placés dans une situation comme celle-là, vous constaterez que le plupart des gens sont très gentils et compréhensifs à cet égard et qu’ils sont désireux de vous aider. En fait, vous pourrez même constater que les anglophones sont généralement beaucoup plus tolérants et aidants devant nos difficultés avec l’anglais que ne le sont les francophones qui le maîtrisent. (Être colonisés, ça donne des complexes…) Et dans les cas contraires, vous citerez une phrase qu’un ami parfaitement bilingue m’avait suggérée lorsqu’une personne m’avait fait un commentaire déplacé quant à la qualité de mon anglais : «Pis toi, t’en parles combien de langues?»

Malheureusement, nos politiciens n’ont pas droit à cette compréhension. Ainsi, un responsable politique qui accumule avec le temps des dizaines et des dizaines de déclarations pourra subir l’humiliation de voir être mises bout à bout chacune de ses hésitations ou de ses erreurs dans une vidéo, fait à forts frais par un acteur qui fait ce genre de politique. Ce n’est pas comme ça dans la vie en général, mais en politique, oui.

Legault l’a dit lui-même : lorsqu’il travaillait pour Air Transat, 80% de ses journées se passaient en anglais. Comme vous le savez, François Legault a assez de fric pour s’acheter des complets Armani à 10 000 piastres, se payer une maison à Outremont pour recevoir ses amis et les y convaincre de l’aider à lancer un parti politique en dilettante. J’en viens donc à la conclusion suivante : soit les gens qui font circuler cette vidéo doivent cesser de prétendre que Legault ne parle pas anglais, soit ils arrêtent de dire que dans le monde moderne, quand on ne parle pas anglais, on devient, au mieux, un tout nu. Parce que manifestement, l’exemple de Legault démontre que ces deux prétentions ne peuvent cohabiter…

Prenons le cas de Pauline Marois. Comme vous le savez, je connais bien la dame. Saviez-vous que Pauline Marois lit la plupart de ses livres et voit la plupart de ses films en version originale? Que lorsqu’elle reçoit le consul américain à son bureau, l’entretien se déroule en anglais, sans interprète? Que lorsqu’elle est allée en tournée dans le grand nord, rencontrer les leaders cris et inuits, la plupart des rencontres se sont déroulées en anglais, ce qui a fait dire à l’une des personnes rencontrées : «Elle est bonne Mme Marois en anglais… On était sûr qu’elle aurait besoin d’un interprète. La ministre Normandeau est venue la semaine dernière et ça lui en a pris un tout au long…» En outre, aviez-vous remarqué que l’anglais de Mme Marois c’était considérablement amélioré depuis son entrée en poste? Non? Ben ouais, les Libéraux, cette fois-ci, n’ont pas fait de montage pour vous en aviser…

Il y a une réalité : l’exercice des relations de presse, où un chef est confronté aux nombreuses questions, parfois inattendues, venant de plein de journalistes qui cherchent à le coincer, c’est une épreuve qui se dispute sur une glace très mince, à laquelle la plupart des individus refuseraient de se soumettre dans leur propre langue maternelle. Imaginez dans une langue seconde. Même André Boisclair, qui a toujours bien obtenu un diplôme de Harvard dans sa vie, refusait de répondre en anglais aux questions concernant certains éléments de son passé.

Faire un point de presse, ce n’est pas un exercice facile, ok? Le faire sans hésitations ou erreurs, avec toutes les nuances et la subtilité nécessaire à l’exercice, dans une langue qu’on n’a pas apprise dès son enfance, c’est à toutes fins pratiques impossible. Surtout que les questions en anglais surviennent justement à la fin, quand notre homme (ou notre femme!) est déjà sous un feu nourri depuis 20 minutes. Vous pensez qu’ils sont fait de quoi nos politiciens? En métal et en circuits imprimés, comme Robocop?

Sans compter que ça s’ajoute à toutes les qualités que l’on attend d’un leader politique. Écoutez, en douze ans, je les ai toutes entendues. «Y a pas de vision…» «Pas de charisme…» «Trop froid, manque d’empathie.» «C’est pas un leader. Un bon second, tout au plus.» «Y passe mal à la caméra…» Vous voulez en plus qu’il soit parfait bilingue?

Non, ça n’a pas de sens. Vous voulez quelqu’un qui sera sympathique dans un brunch de personnes âgées et empathique lorsqu’il visite un hôpital; qui sera convainquant quand il rencontrera des investisseurs étrangers; qui aura la fermeté nécessaire pour tenir son équipe; la souplesse essentielle pour faire des compromis; quelqu’un qui est photogénique et souriant; qui a une vision d’avenir pour le Québec; une stratégie économique pour le XXIe siècle; une grande connaissance des enjeux environnementaux; qui s’informe de ce qui se passe ailleurs dans le monde; qui lit beaucoup et qui parle à plein de gens; qui a une éthique et une intégrité irréprochables; qui est drôle quand Infoman va le voir.

Ok. Êtes-vous déjà conscients qu’un tel individu n’existe pas? Que le politicien parfait, sans défaut, celui qui vous donnera autre chose que «l’impression de voter pour le moins pire», il n’est pas encore né? Vous ne me croyez pas? Bien continuez de l’attendre, votre veau d’or bilingue d’abord!

Sans blaque. Moi, de savoir que mon premier ministre est capable de se rendre dans des sommets économiques et saluer des investisseurs dans leur langue et qu’il soit capable d’aller donner de la m**** au premier ministre de Terre-Neuve au Conseil de la fédération, ça me satisfait amplement. Parce qu’il s’agit de comprendre comment le pouvoir s’exerce pour savoir que les clauses subtiles des ententes en petits caractères, ce sont les fonctionnaires qui les négocient, pas les chefs d’État. Pour le reste que le chef de mon gouvernement bafouille pendant un point de presse, je pourrais bien vous dire à quel point je m’en contre-cr!$$3, je pense bien que WordPress fermerait mon blogue pour propos grossiers. Parce que dans le réel, 99% du temps de travail d’un leader politique au Québec se déroule en français et que ce temps-là me préoccupe beaucoup plus que le 1% qui reste. Et même si c’est 90-10 ou 70-30, ça ne changerait rien à l’immense disproportion qu’il y a entre l’importance qu’on y accorde et l’importance que ça a dans le réel.

Et ultimement, ça me rappelle la Gazette qui, lors de la dernière campagne municipale, justifiait l’appui soviétique accordé par la communauté anglophone à Gérald Tremblay contre Louise Harel par la phrase suivante : «Better crook than separatist!». Et bien, ils ont le maire qu’ils méritent. Alors quand je regarde l’attention démesurée que l’on accorde à la qualité de l’anglais d’un leader, dans notre belle petite province – laquelle envoie sans gêne des députés unilingues anglophones pour la représenter au fédéral – je me dis que l’on a pas mal la politique que l’on mérite, tant au niveau de l’écoute que reçoit le Québec à Ottawa, de la situation du français à Montréal et de la qualité des politiciens qui dirigent le gouvernement du Québec. Parce que notre actuel premier ministre, lui, a un anglais absolument parfait, en plus de très bien passer à la caméra et de manier l’humour avec habilité. Mais Dieu sait à quel point il manque du reste…

Parce que nous sommes un État français, le seul d’Amérique du Nord, parce que c’est la langue commune d’usage et de la vie publique, parce que le monde est plus vaste que l’anglosphère et que non, les leaders des pays asiatiques ne se parlent pas entre eux en anglais (Vous voulez miser sur l’avenir? Apprenez le mandarin…), je refuse de me laisser entraîner dans cette chasse au «pas parfait bilingue». Et à ceux qui disent que si le Québec veut être un leader, son chef de gouvernement doit avoir un anglais rien de moins que parfait, je vous invite à leur répondre dans la langue qu’ils chérissent. Quatre lettres, suivies de you.

Il me semble donc que nous avons, au Québec, des problèmes autrement prioritaires…

Un petit montant pour faire une grosse différence

24 jan

 Salut mes lapins!

Bon, vous vous en doutez bien, si je m’adresse à vous comme ça, c’est que j’ai quelque chose à vous demander…

Comme vous le savez, il n’y a pas que la politique dans la vie. Aussi, en quittant mes fonctions au cabinet, j’avais très hâte de savoir quelle nouvelle activité je pourrais ajouter à mon agenda.

Je n’ai pas à me poser la question longtemps. Deux de mes amis, Audrey Gagnon et Louis-Philippe Huot, m’ont recruté pour que je m’implique au sein de l’exécutif du Comité d’initiatives en développement international (CIDI), une ONG qu’ils sont en train de bâtir.

Je vous explique ce qui en retourne. Louis-Philippe et Audrey ont tous deux vécu plusieurs expériences en coopération internationale. Diplômée en communication, Audrey a une vaste bagage en organisation et en levée de fonds. Louis-Philippe a étudié en économie et politique, il a une formation en horticulture et, entrepreneur dans l’âme, il est en train de mettre sur pied une culture de houblon, une des premières au Québec. Ne manquait plus que moi pour faire… Pour faire… Pour faire je sais pas trop quoi en fait… En parler sur mon blogue, tiens!

Alors voici, l’idée du CIDI, c’est de contribuer à implanter dans certaines localités africaines des pratiques agricoles simples. On pense par exemple à utiliser une plante déjà présente dans ces milieux pour l’intercaler aux cultures et, ainsi, contribuer à retenir l’humidité au niveau du sol. Ou encore, des méthodes pour faire sécher les surplus agricoles qui, autrement, sont perdus au bout de quelques jours. Ces pratiques sont simples, nécessitent un minimum de formation et sont facilement partageables d’une communauté à l’autre. En plus, à l’échelle de certaines initiatives de coopération, leur coût est ridiculement bas. Bref, c’est à hauteur d’homme (et de femme!) et on fait une maudite grosse différence dans la vie des gens.

Notre premier projet est déjà identifié. Il s’agit d’envoyer quelqu’un dans le petit village de Kegne Sofa, au Mali, pour implanter la culture du Moringa Oleifera. Il s’agit d’un arbre à croissance rapide dont les feuilles, une fois réduites en poudre, constituent un additif alimentaire rempli de vitamines et de minéraux, qu’on peut ajouter à n’importe quel plat. C’est notre partenaire malien, l’ONG Kilabo, qui nous a suggéré cette initiative. Nous avons besoin, pour la réaliser, de quelques milliers de dollars, essentiellement pour permettre à la personne que nous enverrons au Mali de s’y rendre et de pouvoir fonctionner.

Ceci dit, notre organisme est en construction. Nous n’avons pas encore un réseau de financement établi, avec des activités récurentes nous assurant un revenu minimal et régulier. Nous n’avons pas encore beaucoup de dépenses (pas d’employés ou de locaux), mais il y a des frais minimums pour opérer. Ceci dit, nous pouvons vous assurer que votre dollar investi est plus proche du terrain que des frais de roulement d’une vaste organisation.

Voici donc ce que nous vous proposons. Nous organisons une soirée culturelle africaine. Au programme, spectacle d’un conteur et musicien burkinabé, dégustation de plats africains, présentation du projet du CIDI et tam tam jam en fin de soirée. L’activité aura lieu à la Korrigane, sur la rue Dorchester à Québec, le samedi 18 février à 18h30, au coût de 40$. (Ben oui, c’est un peu chèrant pour une soirée, mais c’est une activité de financement…) Un reçu de charité vous sera évidemment remis pour vos impôts. Voyez, ça ne vous coûte presque rien en plus!

Et surtout, un dernier argument : En encourageant le CIDI, vous soutenez l’initiative de jeunes gens de Québec, qui cherchent à faire la différence, à la hauteur de leurs moyens et de leurs talents. Juste pour ça, me semble donc que vous devriez vous garocher pour venir à notre activité!

Je vous invite donc à communiquer directement avec moi (claudevilleneuve5@hotmail.com) pour avoir des billets. Vous pouvez également vous inscrire à l’activité via Facebook. En fait, ce serait sympa que vous le fassiez, ça permet de tenir le compte. Pendant que vous y êtes, Vous pourriez aussi aller «aimer» la page du CIDI. Ha, ça, vraiment, ce serait mignon comme tout de votre part!

En espérant donc que j’apercevrai certaines de vos binettes lors de cette soirée, je vous remercie d’avoir pris ce petit cinq minutes pour apprendre à mieux connaître le CIDI.

Comme je vous disais…

15 jan

Charest semble songeur...

Bon. Tout le monde en parle ce matin, vous l’avez sans doute vu, ce sondage qui nous dit que la CAQ baisse, le PQ et le PLQ remontent.

J’ai très hâte de voir les chiffres, lorsque Léger les rendra disponibles. Sans développer davantage, l’article nous dit aussi que :

  • Le PQ est à 31% dans le Québec francophone. 17% pour le PLQ. (Et la CAQ?)
  • La principale raison de la baisse d’appui du PQ serait la souveraineté. La performance de la chef viendrait troisième. Il semble y avoir des données sur les raisons de l’appui aux autres partis aussi.
  • Le vote de Legault serait «extrêmement fragile». Le vote de 48% des électeurs serait ferme, 50% pourrait changer. C’est réparti comment entre les partis?
  • Les chiffres ne nous le diront pas, l’échantillon ne serait pas significatif de toutes façons, mais je me demande comment le vote «région» est réparti. C’est fondamental. Ce serait : CAQ 36, PLQ 18, PQ 34. M’est avis que Legault doit dominer outrageusement le 450 et que le PQ doit être fort dans les régions ressources. C’est pour cette raison que Legault n’a rien fait pour sauver les comtés en région. C’est une des raisons pour laquelle je vous demande d’arrêter de m’envoyer des courriels pour me demander si Pascal Bérubé va passer à la CAQ…

Ceci dit, si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous dire, comme je vous disais dans ce précédent billet, que les prochains mois seront difficiles pour Legault.

Le sondage de ce matin confirme ce que je prédis. Attention : il ne confirme pas que ce que j’ai écrit va arriver. Il confirme que ce que je dis peut arriver.

Alors à mes amis péquistes qui spinent le sondage à tord et à travers : Les nerfs! Il n’y a pas encore de tendance, Legault aura de meilleurs sondages, il en aura de moins bons également.

Mais s’il n’y a qu’un seul message à retenir aujourd’hui, c’est le suivant : Oui, ça peut bouger. Ça va bouger. Dans un sens ou dans l’autre. Rien n’est immuable. Il n’y a pas de fatalité. Tout le monde peut espérer gagner. La CAQ peut perdre.

Et voilà pour apporter un peu plus d’eau au moulin des adéquistes opposés à la fusion…

Ce qui m’amène à continuer de penser que c’est la CAQ qui est le plus en danger. Selon le sondage, son château-fort, c’est Québec. (CAQ-PLQ-PQ : 46-24-12) Ça le rend très vulnérable.

Dans le deal CAQ-ADQ, qui va gagner? Est-ce que c’est l’ADQ qui va tirer la CAQ vers la droite ou l’inverse? Est-ce que Legault, dans les dossiers que j’évoque souvent, épousera la vision adéquiste? Sera-t-il contre un registre des armes à feu, contre des interventions dans l’économie dans le prochain budget du Québec, contre un moratoire sur les gaz de schistes? Je vous laisse le soin d’y répondre.

Le clash se rapproche. Plus vite que je le pensais même. Pour vous convaincre, je vous invite à écouter cet extrait. Je l’appellerai simplement «Rebello rencontre la droite de Québec».

Cet extrait là, c’est drôle en maudit. Je ne peux me souvenir le nombre de fois que Rebello m’a adressé une phrase commençant par «Le monde de Québec, c’qui veulent, dans le fond…». Ici, on voit à quel point il ne comprend rien à cette clientèle. Mais surtout, on le voit, le choc qui va survenir entre les caquistes, qui à force de dire une chose et son contraire finissent par s’emmêler dans leurs pinceaux, et l’électorat qu’ils cherchent à rejoindre. La droite à Québec est très idéologique. Et si vous pensez que, comme encore une fois dans l’exemple du NPD, les gens qui écoutent les radios de Québec ne les suivront pas, je vous dis que vous seriez surpris comment les fans de CHOI FM peuvent répéter ce discours avec assurance et cohérence. Et moi, ce que j’entends à Québec ces jours-ci, c’est que Legault est à gauche, Legault est souverainiste, Legault fera rien de différent des autres. Comme dirait Charlemage Tricotin : «Z’est comme za. Z’est tout.»

Donc, pour Legault, les élections ça presse. Et les caquistes le savent. Y a qu’à voir Philippe Boucher, redoutablement efficace franc-tireur de la CAQ sur les réseaux sociaux, spiner partout sur Facebook ce matin «Y va avoir des élections en mars! Y va avoir des élections en mars! Y va avoir des élections en mars, bon!» La dernière fois que j’ai vu un acteur politique spiner son souhait comme une prédiction avec autant de détermination, c’est Bernard Landry qui annonçait la souveraineté pour 2005.

En définitive, il y a un message là-dedans aux péquistes. Premièrement, arrêtez de vous morpionez. Deuxièmement, il faut reprendre l’initiative. Ça ne fonctionnera pas de simplement dire : «La crise va finir, on va remonter.» Il faut ramener l’espoir. Montrer qu’on est prêt à se battre.

Dans les prochaines semaines, il y a bien des éléments qui nous apparaîtrons comme autant de dangers, dont on aimerait mieux éviter de parler. Le conseil national. Un éventuel retour des démissionnaires. L’entrée de la CAQ en chambre. Les appels à l’unité des forces souverainistes. Etcetera.

Aucun de ces éléments ne sont des obstacles. Ce sont autant d’opportunités. On dit qu’il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Je ne pense pas que l’on puisse dire que l’on a appliqué cet adage ces derniers temps… Et si, pour le PQ, la crise actuelle était une manière de régler un problème structurel comme, par exemple, le morcellement du vote progressiste et souverainiste?

En tout cas, moi, j’en suis pas mal rendu à penser qu’il faut se pencher sérieusement sur l’idée d’organiser des primaires indépendantistes.

Peut-être un prochain billet là-dessus…

Tags:, ,

L’échec dans l’ADN

10 jan

Plan de la CAQ, un «bloc québécois» nouveau genre...

Sérieusement, je retenais cette analyse depuis longtemps. Je me permettais de l’énoncer en privé, mais je ne voulais pas laisser de traces ici. Faut dire que les odds ne sont pas de mon bord… Je m’attends à un lobby très intense sur mon wall Facebook pour m’expliquer pourquoi je suis dans l’erreur. Mais bon, j’ai toujours aimé faire des prédictions politiques long shot. Pourquoi m’arrêter aujourd’hui?

Alors, je me lance. Depuis le début, j’ai le sentiment que la nouvelle initiative politique de François Legault contient dans son ADN les éléments qui la conduiront à l’échec. Avec la défection de François Rebello, annoncée hier, ça n’aura pas l’air évident de conclure ça. Mais c’est justement ce qui m’en donne la conviction absolue.

Je vous explique mon raisonnement.

Il y a de quoi qui ne fonctionne pas à la base là-dedans. Trop de gens, non pas avec des sensibilités différentes (ce qui est l’essence d’une coalition), mais bel et bien avec des idées s’opposant les unes aux autres en bonne et due forme. En fait, la CAQ, ça commence vraiment à être du gros n’importe quoi.

On me parle de «l’effet NPD». Les gens ne regardent pas vraiment les programmes, ils ne se livrent pas à une analyse fine, tout comme nous, des positions des différents partis. Selon la prédiction répandue, les électeurs n’y verront que du feu et finiront par voter pour Legault comme des poissons.

Sauf que l’effet NPD, c’est un phénomène politique qui a pris forme et qui a eu besoin de tenir sur une vingtaine de jours. Autrement dit, pour François Legault, les élections ne viendront jamais assez vite.

Je l’ai déjà écrit ici. Depuis les 15 derniers jours de 2011, François Legault a un caucus à gérer, des positions à imposer, des lignes de presse à faire tenir. 2012 n’avait pas encore dix jours que Rebello les avait déjà fait exploser.

Prenez connaissance de cette entrevue accordée à Antoine Robitaille, dans Le Devoir. Sérieusement, c’est du bonbon. Pour connaître François, je l’entends dire ces phrases au journaliste, avec son ton habituel, mélangeant légèreté et certitude. En gros, avec François Rebello, ça sonne toujours comme assez simple et évident. En une certaine époque, je l’avais surnommé «le Denis Coderre du PQ». Son attitude «gros bon sens», sa voix grave… Deviendra-t-il le Denis Coderre de la CAQ?

La meilleure, c’est la citation suivante : ««M. Legault m’a dit: “Tu peux être souverainiste dans la Coalition” et “la porte de la souveraineté reste ouverte”. A-yo-ye. Jean Charest a eu son cadeau de Noël 2012 vraiment tôt cette année… Déjà, mes contacts fédéralistes spinent cette ligne sur Twitter et Facebook avec autant d’enthousiasme que la misère se jetant sur le pauvre monde. Moi, je veux une réaction là-dessus de Gérard Deltell, pis vite! En tout cas, il n’en fallait pas plus pour donner du gaz aux dissidents adéquistes qui s’opposent à la fusion.

Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur le premier argument évoqué par Rebello pour justifier son nouveau statut de transfuge, soit son souhait «d’entreprendre un Québec vert». Vraiment François? Pour un parti dont le programme ne contient pas encore une ligne sur l’environnement? Dans un texte de 460 mots dont la seule allusion à l’environnement est «Et cela, particulièrement au plan des technologies vertes si essentielles au mieux-être de l’humanité.»? Come on François, tu es meilleur que ça d’habitude.

Non, sérieusement, tout ça devient de plus en plus tout croche et incohérent. Ceux qui critiquent Legault comme ceux qui le défendent me répondent que toutes ces belles petites bouches, désireuses de connaître le goût du pouvoir et des limousines, demeureront coites, laissant la prérogative au chef d’imposer son agenda.

Et si c’était ça le problème justement?

Les Québécois cherchent une nouvelle offre politique. Le pari de Legault, c’est justement de leur offrir ce qu’ils détestent de la politique, soit de la compromission, de la langue de bois, des députés qui défendent non pas leurs concitoyens mais la ligne de leur parti. Des «j’ai pas voté pour ça», préparez-vous à en entendre.

Il arrivera à la CAQ la même chose qui est arrivée à l’ADQ, par deux fois. Au fil du temps, les contradictions apparaîtront, le discours du chef et des porte-parole autorisés se fera de plus en plus incolore et sans saveur dans cette recherche de plaire à tous et chacun en ne se compromettant pas et, avant peu, apparaîtra la perception générale que François Legault et ses caquistes «sont comme les autres». Et les gens qui diront ça auront raison.

Pour l’instant, Legault est là où il veut être. Les électeurs souverainistes croient qu’il est souverainiste. Les électeurs fédéralistes le croient lorsqu’il dit qu’il a renoncé. Et les militants des deux camps qui spinent précisément le contraire. En privé, Legault tient alternativement les deux discours. Mais ça ne tiendra pas. Ça ne pourra pas. Legault ne pourra pas survivre pendant plusieurs mois en continuant à parler des deux bords de la bouche à tout le monde. Rebello vient d’éventer le pot aux roses.

Et même si Legault est meilleur que Dumont (sans le charisme et la répartie), même si son entourage est plus expérimenté, on ne pourra indéfiniment faire tenir tout le monde ensemble. Dans l’immédiat, il devra mettre Éric Caire, Gérard Deltell, François Rebello et lui-même d’accord sur un registre québécois des armes à feu, sur une riposte au budget du Québec à venir, sur une position linguistique, sur le maintien de l’appui à un moratoire sur les gaz de schistes et tutti quanti. Penser que tout le monde va se la fermer, qu’aucun d’entre eux, confronté à tous les jours à la presse parlementaire dans le pied carré qu’est la colline, ne finira par en échapper une, laissant apparaître autant de contradictions, c’est tragiquement mal connaître le dynamique de l’aquarium. Je vous confirme de premières sources que les journalistes de la Tribune de la presse en trépignent déjà… Et encore, il y aura des discussions inextricables en caucus et, si ça doit marcher, jusqu’en conseil des ministres. Bientôt, 125 candidats qui vont se promener partout au Québec en prétendant parler au nom de la CAQ. Patrick Lebel et Martin Koskinen, les lieutenants de Legault, sont des gens très forts, je l’atteste. Mais ils ne pourront pas tout contrôler, c’est impossible. On a hâte au congrès!

Et avec tout ça, on ne sait toujours pas ce qu’il adviendra de la fusion CAQ-ADQ. On nous dit qu’il n’y a pas de danger. Mais, sans avoir un réseau super représentatif de l’ADQ, sur trois adéquistes que je connaisse, deux d’entre eux s’y opposent. Y a qu’à voir les manœuvres pour l’imposer et on comprend que les patrons de l’ADQ n’étaient pas sur un safe ground.

Non, sérieusement, je l’avais senti pendant le temps des fêtes que la discussion autour de la dinde n’était pas bonne pour François Legault, contrairement à celles autour du jambon de Pâques ou de la piscine. Je l’ai senti dans ma famille, en sortant prendre un verre à Métabetchouan, des gens qui étaient prêts à donner une chance à Legault et qui commencent à être déçus. Plus de 4 millions de Québécois ont vu le sketch du Bye Bye. Et certains qui sont allés flâner dans l’entourage de la CAQ, dans l’espoir d’être candidats, et qui en reviennent avec un goût aigre dans la bouche. Déçus, eux aussi. Et la déception en politique, c’est peut-être le pire sentiment à affronter. Encore une couple de gestes comme celui de Rebello, encore quelques wannabe députés éconduits et le nombre des déçus augmentera, leur sentiment s’affirmera et Legault sera défini. «Politicien comme les autres.» Jugement inéluctable, inébranlable et, à vrai dire, plutôt justifié.

Donc, je le résume en une phrase, si c’était encore nécessaire : si les élections n’ont pas lieu avant la Fête nationale, Legault est mort. Parce que dans l’ADN de son parti se trouvent déjà les raisons qui font en sorte que les Québécois ne veulent plus des autres.

Tags:, , ,

Lettre à mes amis libéraux

22 déc

Astroturf = gazon artificiel

Ça me fait toujours rire, à chaque fois que survient un soubresaut qui leur déplait, d’entendre certains des vôtres pleurnicher. «Les gens sont cyniques parce que Pauline Marois fait du salissage. Bouhouhou…»

Ou, dans Kamouraska-Témiscouata d’accuser le Parti Québécois d’avoir envoyé des fiers-à-bras pour les intimider dans leur local, alors qu’un vidéo révèlera plus tard que c’était plutôt deux individus n’ayant rien à voir avec le PQ qui s’était fait prendre à partie par un de vos militants, de l’autre côté de la rue, avec force commentaires homophobes et irrespectueux envers notre chef, alors rebaptisée «Popauline».

Dernier événement en lice, le PLQ qui émet un communiqué, à quelques heures d’une partielle qu’ils sont assurés de gagner pour lancer sans preuve une accusation vague et diffuse à l’endroit du PQ de mener «une opération de salissage, bouhouhou…»

C’est connu. Les libéraux sont vertueux. Ils ne font jamais jamais de salissage. Pauline Marois est la plus méchante chef de l’opposition qu’on ait jamais vue. Jean Charest n’a jamais accusé en chambre Lucien Bouchard et Bernard Landry d’être «criminellement responsable» des morts sur civière à l’urgence. Le reste du monde est pas fin. Jean Charest trouve la politique bien injuste. Bouhouhou.

Tiens, un autre exemple. Vous vous souvenez, il y a quelques mois sur Twitter, ça a avait fait la nouvelle que vos gens de communication utilisaient des employés déguisés en militants anonymes, pas tant pour passer leur message que pour casser celui des adversaires. Prenant son meilleur ton indigné, Michel Rochette, votre directeur des comms, avait d’abord nié, pour finir par admettre que «tous les partis le font», excuse commune chez les libéraux lorsqu’ils ne peuvent plus nier leur turpitude. Rochette s’était ensuite offert une attaque frontale envers une humble militante du PQ, très active sur Twitter, l’accusant de n’être en fait personne d’autre que mon bon ami Manuel Dionne, attaché de presse du PQ. Les jours suivants lui feront ravaler ses paroles, mais pas présenter des excuses. Pendant ce temps, les «spineux» libéraux répétaient leur moto «tout le monde le fait», «les péquistes font encore du salissage», «le PQ est jaloux qu’on soit sur les réseaux sociaux nous aussi». Beaucoup de maturité… (Bouhouhou…)

Ceci dit et pour info, j’ai été pendant près de 3 ans l’un des principaux artisans de la stratégie web du PQ, en soutien à mes amis ninjas Véronique Martel et François Larouche (Que je salue au passage….). Je peux vous affirmer sur mon honneur que jamais, à aucun moment, l’utilisation d’anonymes n’a fait partie de notre approche. D’abord, parce qu’on n’y croyait pas. Une communication efficace sur le web requiert de la convivialité, de la transparence et de l’authenticité. Penser que les gens vont apprécier votre propos si vous les «spinnez» avec des anonymes, c’est témoigner d’une incompréhension assez profonde de la dynamique des réseaux sociaux.

Où est-ce que je veux en venir avec tout ça? C’est que depuis quelque jours, circule sur Facebook ce vidéo très léché visant à démontrer «hors de tout doute raisonnable» que François Legault n’est en fait qu’un dangereux séparatiste :

À venir jusqu’à date, ça n’a pas trop collé. Maquillé comme un vidéo qui serait l’oeuvre d’un militant caquiste enthousiaste devant la ferveur souverainiste de son chef. (Ben oui, niaiseux de même…) Le premier émetteur de cette vidéo étant un célèbre «spineux» libéral anonyme nommé «Le fin renard», seuls vous, membres de l’appareil libéral, le transmettez. Ça ne fonctionnera pas, donc. Je vous le répète : un message, pour marcher sur le web, doit être transparent. Je sais, c’est quelque chose qui est difficile à maîtriser chez vous.

En fait, en toute humilité, ce qui risque de donner le meilleur coup de pouce à ce montage, c’est que je le fasse circuler moi-même.

Bon. Où est-ce que je veux en venir avec tout ça? Pour le comprendre, permettons-nous de faire nos Sherlock Holmes pour tenter, par procédé de déduction/induction, de découvrir qui est l’auteur de ce mystérieux vidéo, à partir des faits connus et avérés.

Fait #1 : Il y a quelques années avait circuler sur le web un autre vidéo «astroturfé». Très bien fait, il s’agissait d’un faux reportage d’Enquête, présenté comme réel, qui associait Pauline Marois aux scandales dans la construction. Radio-Canada avait fait retirer ce vidéo qui usurpait sa marque et celle de son émission. Très léché, il y avait manifestement beaucoup de temps et/ou de fric dans ce travail.

Déduction #1 : Il existe, sur le marché politique québécois, un joueur avec beaucoup de ressources qui ne répugne pas à utiliser cette technique. Il n’est manifestement pas péquiste.

Induction #1 : Il pourrait bien récidiver.

Fait #2 : Le lien du vidéo en question émane d’un «spineux» libéral anonyme notoire et n’est retransmis que par des membres de l’appareil libéral.

Déduction #2 : Le message plaît essentiellement aux libéraux.

Induction : #2 : Il pourrait bien venir de chez eux.

Fait #3 : Les libéraux ont admis utiliser des «spineux» anonymes en les faisant passer pour des militants. On a évoqué leur pleurnichage en chambre et lors de partielles.

Déduction #3 : Les libéraux n’ont aucun scrupule à dire des choses qu’ils savent fausses quand il s’agit de marquer des points.

Induction #3 : Rien ne permet de penser qu’ils se seraient gênés cette fois-ci.

Fait #4 : Le seul autre vidéo publié sur Youtube par LeGrandBolduc, présenté par «Le fin renard» comme «un militant caquiste» est «PLQ – Écrire ensemble l’histoire du Québec», présenté au dernier congrès libéral. (Message aux gens de comms du PLQ : Rien ne sert de courir l’effacer, j’ai déjà pris une capture d’écran.)

Déduction #4 : Le vidéo a en fait été publié par un acteur libéral.

Induction #4 : La personne tentant de nous faire croire qu’il s’agit de l’oeuvre d’un militant caquiste prend les gens pour des imbéciles et fait preuve d’une incompétence manifeste en ce qui a trait au web.

Conclusion : Pas de doute, ça vient du PLQ! (Et la personne ayant exécuté cette stratégie affiche une stupidité somme toute assez singulière…)

Ce qui m’amène à l’objet de ce message.

J’en ai assez que le parti libéral utilise le cynisme pour gagner. Qu’il fasse de la politique en tablant sur des niaiseries, des faux-semblants, qu’ils créent des bruits de fond pour empêcher les autres de passer leur message. Qu’ils ne puissent se satisfaire d’envoyer leurs porte-parole dire «François Legault est un souverainiste!», mais qu’ils doivent en plus nous monter tout un scénario pour nous faire croire qu’ils ne sont pas les seuls à le dire. Que lorsqu’ils se font prendre, qu’ils se défendent en disant «Tout le monde le fait!». Que ça ne leur dérange pas d’avoir l’air fou eux-mêmes, pour autant que les autres soient discrédités également dans le processus. Et en plus, que l’on pense que les gens sont assez caves pour croire que ce vidéo vient de la CAQ. Come on. Vous êtes meilleurs que ça, non? C’est vraiment chez les républicains que vous voulez trouver votre inspiration stratégique? Quand vous faites des communiqués de presse pendant les partielles pour jouer les Caliméro, vous pensez qu’on vous voit comment, à la lumière de ces procédés que vous utilisez?

Vous, amis libéraux, je vous connais, je vous fais confiance. Je sais que vous êtes des gens de convictions. Je suis absolument convaincu que vous n’approuvez pas ces pratiques. Mais justement, agissez donc pour ça change.

En plus que c’est un message plutôt insultant. Écoutez, vous savez bien que je ne suis pas pour la CAQ, mais quand François Legault dit qu’il n’est pas là pour réaliser la souveraineté, qu’est-ce qui vous permet de remettre en doute sa parole? Quel message doit-on comprendre? Quiconque a déjà été pour la souveraineté est discrédité à vos yeux pour servir le Québec à jamais? Raymond Bachand et Lyne Beauchamp aussi?  Et puis vous nous accusez de chercher à diviser les Québécois avec la souveraineté. N’est-ce pas exactement ce que le PLQ fait?

Je peux vous le dire d’expérience. Lâcher l’idée d’indépendance, c’est beaucoup plus facile que de l’embrasser. C’est très tentant, parfois, lorsqu’on voit l’apathie actuelle des Québécois. Bref, c’est très personnel, mais j’ai toujours eu plus de facilité à croire ceux qui disent avoir renoncé à la souveraineté que les nouveaux convertis. Ce n’est pas comme si les choses allaient bien pour nous, ce n’est pas comme si, dans l’état actuel des choses, ça ouvrait l’horizon d’une belle carrière politique que de devenir souverainiste. Après tout, le statu quo est bien plus facile à choisir qu’un projet à la réalisation hypothétique.

En définitive, cessez de prendre les gens pour des imbéciles. Défendez-les donc vos idées. Je ne doute pas que vous y croyez. Seulement, au lieu de me dire que «les Québécois ont d’autres priorités que la souveraineté, comme «l’économie-d’abord-oui», parlez-moi de ce pays que vous aimez. Arrêtez de faire passer ce qui n’est pas pour ce qui est.

Parce qu’en fait, à chaque fois que vous le faites, ça nous conforte encore plus dans notre idée qu’il en est de même de votre Plan Nord, de votre défense des intérêts du Québec ou de votre lutte contre la corruption. Que tout ça n’est en fait que de «l’astroturfing».

Votre tout dévoué, Claude Villeneuve

P.S. Pour votre proposition d’adhérer au parti libéral, je me vois dans l’obligation de la décliner. Ayant moi-même été un méchant souverainiste et, à vrai dire, l’étant encore, je comprends que je ne serai jamais considéré autrement que comme un citoyen de seconde zone de votre côté.

Le tour de montagnes russes commence

13 déc

Gérer Éric Caire? Vraiment?

Un court billet pour vous faire part d’une réflexion rapide.

Plus que jamais, plus qu’au moment de l’annonce de la création de la Coalition ou de sa conversion en parti, l’heure de vérité pour François Legault, c’est maintenant.

Pour la première fois, il n’est plus le seul maître à bord. (En passant, quelqu’un a des nouvelles de Charles Sirois?)

À partir d’aujourd’hui, il a un caucus à convaincre, à «spiner», à encadrer. Un processus de positionnement au quotidien, au gré de l’actualité, à contrôler. D’autres porte-parole à gérer. Deltell qui dit déjà à la radio que Legault «a enfin compris que le privé en santé, c’est incontournable» et qu’il est maintenant «autonomiste». Et sans la possibilité de les menacer d’expulsion, sous peine de grever l’apparence de viabilité de sa coalition. À partir de maintenant, il a l’obligation du compromis, de rejoindre à mi-chemin, d’en laisser passer une couple, pour «choisir ses combats», comme il aime bien le dire lui-même. C’est ça, un caucus.

6 proviendront de l’ADQ. Là-dedans, Éric Caire. Un gars rigide et très idéologique, le plus près de la mentalité des radios de Québec. Quelqu’un qui, on s’en souvient, a de la misère à jouer en équipe. À moins que ce ne soit avec une épée en mousse. (Désolé, je ne peux m’empêcher de la spiner sans cesse celle-là…)

Ne serait-ce que pour ce fait, l’ADQ a une meilleure part du deal que ce qu’elle en l’air. Jusqu’aux prochaines élections, à tout le moins.

D’ailleurs une question qu’aucun journaliste n’a posée, à ma connaissance : y a-t-il, dans l’entente, des éléments sur la composition du personnel de la deuxième opposition à l’Assemblée nationale? Évidemment, c’est conditionnel à ce que Deltell saura négocier avec le bureau de l’Assemblée. Mais, indéniablement, Legault aura besoin de positionner «ses hommes» autours de Deltell, pour gérer le «day-to-day». Je lui souhaite d’y avoir pensé…

Aucun doute, pour contre-balancer le poids adéquiste dans le caucus (75%), François Legault a absolument besoin d’attacher au moins deux ou trois péquistes de plus et peut-être un ou deux libéraux avant la rentrée. En fait, pour mettre les adéquistes en minorité, ça lui prend cinq députés de plus.

C’est à ce critère que, personnellement, je mesurerai ses chances de succès et de maintien dans les sondages.

Bonne chance.

Ça va «shaker»…

La mort d’une idée

12 déc

Je n’ai rien contre les libéraux. J’ai plusieurs amis qui sont des libéraux très enthousiastes. Plusieurs membres de ma famille aussi.

Je déteste le parti libéral comme famille politique toutefois. Cette unanimité constante, ce culte du chef, cette tentative obsédante de réécrire l’histoire, au futur s’il le faut, cette façon de «non-gouverner» le Québec. Tous les défauts que l’on cite souvent de ma propre famille politique sont à mes yeux ce qui lui confère sa valeur. Au Parti Québécois, on n’a pas perdu le pouvoir parce que plus rien ne se passait au Québec. On s’est fait battre parce que les gens étaient tannés de nos réformes. Au Parti Québécois, on n’aurait pas fait subir au Québec une crise éthique comme les libéraux le font depuis trois ans. On se serait tous entretués jusqu’au dernier bien avant!

Mais ce qui m’agace le plus avec la famille libérale, c’est qu’elle ne croit en rien. En fait, oui. Elle croit en «l’économie-d’abord-oui!». Elle ne croit même pas au Canada ou au fédéralisme. Elle croit que «les-Québécois-ont-d’autres-priorités-que-la-souveraineté, comme-l’économie-d’abord-oui!».

Pour preuve, je participais à une mission en France en compagnie d’un des plus brillants représentants de la famille libérale, il y a de cela quelques années. Charmant garçon, au demeurant. (Je vous l’ai dit, je n’ai rien contre les libéraux, pris individuellement…) Toujours est-il que notre ami, appelé par nos vis-à-vis français à expliquer l’orientation politique de son parti, répondait avec une candeur étonnante : «Au parti libéral, nous n’avons pas vraiment d’idéologie. Je suis fier de dire que, depuis plus d’un siècle, nous avons toujours su offrir aux Québécois ce qu’ils désiraient, à ce moment-là.» Ok… Vous n’avez aucune croyance et vous l’assumez? Correct d’abord, ça a l’air de marcher…

Tout ça pour dire que moi, les adéquistes, ils m’ont toujours parus bien sympathiques. Le lien avec ce que je viens de dire sur les libéraux? C’est qu’il me semble donc que j’ai toujours préféré avoir en face de moi des adversaires campés idéologiquement, qui croient en quelque chose, même si je le rejette de A à Z.

J’ai souvent exprimé ce point de vue au PQ, il n’était pas très populaire. Les adéquistes? Des ti-counes, des idiots, des ignorants… Sont à droite… Y veulent pas dire si y sont souverainistes ou fédéralistes… Yaaaaaarrrrrrkkkkkk…

Mais crime, ils croient en quelque chose, au moins, eux. Ok, ils ne sont pas habiles et plutôt mal dégrossis. Mais, à tout le moins sous Dumont, ils assumaient qu’ils avaient le Québec et son identité comme loyauté première, eux. (C’était avant le virage libertarien et fédéraliste radical de Deltell. «Seigneur, libérez-nous de notre plus grand péché, celui d’être venus au monde francophones, Amen!») On peut trouver leur idéologie détestable. Mais on ne peut nier qu’eux, ils font de la politique pour d’autres raisons que leur enrichissement personnel ou celui de leurs amis.

Après 2007, l’ADQ est devenu l’ennemi public #1 du mouvement souverainiste. Ils nous avaient volé nos précieux comtés! Pendant ce temps, le fauve libéral léchait ses plaies à l’ombre. On connaît la suite.

L’ADQ n’a pas été en reste. Je m’en souviens, comme si c’était hier. C’était l’époque héroïque de la «Guerre des blogues». (Un truc un peu confidentiel, mais les 20 qui y ont participé ont eu ben du fun…) Les adéquistes, ça se sentait, c’est la peau du PQ qu’ils voulaient. Ils mordaient direct à la jugulaire et c’était pour tuer. Une grande bataille pour s’arroger le Québec francophone.

Eh bien, je le reconnais aujourd’hui, péquistes comme adéquistes, nous avons bien mal servi le Québec à ce moment-là.

C’était le parti libéral, l’adversaire. Un gouvernement qui profitera de l’ambiance de guerre civile pour adopter un plan d’infrastructures calamiteux, dont 30% des sommes seront englouties dans la corruption, qui augmentera notre dette de manière phénoménale, concomitamment à l’obtention du record historique du financement politique annuel, tous partis confondus, soit 9 millions de dollars.

Plutôt que de nous unir, plutôt que de tout faire pour confiner le PLQ à ses derniers retranchements du far west, nous avons préféré nous taper sur la gueule dans une guerre à finir pour savoir qui retournerait dans le poulailler. Tous les deux, nous avions le sentiment que, après tout, nous étions plus près idéologiquement des libéraux que du concurrent dans le Québec francophone. C’était oublier que la famille libérale n’a pas d’idéologie. Elle n’a que des intérêts.

Aurions-nous réussi? Aurions-nous pu, comme j’en rêvais à voix haute la semaine dernière avec un ami, ancien staff de l’ADQ, marginaliser le PLQ et instaurer au Québec une vraie dynamique gauche-droite, entre nationalistes de différents degrés? Je ne le sais pas… Mais on aurait au moins pu essayer…

Bon, on admettra aussi que l’ADQ a jambonné rare pendant son passage à l’opposition officielle, mais quand même.

Voilà pourquoi je suis triste aujourd’hui, en voyant l’ADQ se faire avaler par la CAQ. Quand Dumont et Allaire ont fondé l’ADQ, il y avait une finalité. Ce parti avait sa raison d’être : replacer l’individu et son autonomie au centre de la vie publique québécoise. Le PQ représentant du collectif, face à l’ADQ, défenderesse de l’individuel. Ça aurait pu être bon.

Cette raison d’être ne se retrouve absolument pas dans le programme caquiste, qui fonctionne somme toute sur le même logiciel que le fait la vie publique québécoise depuis 40 ans, la question nationale mise à part. Ce sont des ajustements et des modifications somme toute mineurs que proposent Legault. Pas de vision d’ensemble qui relie les positions entre elles. Juste une série de positionnements développés et testés séparément, sous le slogan «Le Québec peut et doit faire mieux». Rien d’aussi révolutionnaire que ce que proposait l’ADQ.

La disparition de l’ADQ est donc une bien triste nouvelle pour tous ceux qui pensent que, pour faire de la politique, il faut un idéal.

Il y a là de grandes questions à se poser. Nous avons raté l’occasion d’instaurer au Québec une dynamique partisane entre partis idéologiquement campés. Certains diront que le Parti Québécois a échoué depuis plusieurs années à se définir lui-même clairement. Peut-être. Mais tout n’est pas perdu.

Alors que le mouvement souverainiste risque lui aussi la marginalisation et l’éparpillement, nous retrouverons-nous, au Québec, avec le pire des scénarios? Un affrontement, sans enjeu clairement identifié, entre deux partis d’intérêts, sans vision clairement définie? Le «on verra» contre «l’économie-d’abord-oui»?

On y aura gagné quoi? Pas plus d’intérêt mais beaucoup moins d’idéal. Et le Québec aura été bien mal servi.

Les imbéciles heureux

7 déc

Un individu contemplant sa propre «ouverture sur le monde»

«Imbécile heureux».

Cette expression m’est venue en tête hier. Je vous dirai quand plus loin, mais peut-être le devinez-vous déjà.

Soucieux de ne pas l’utiliser à mauvais escient, je suis allé chercher sur Internet une définition adéquate à ce terme. J’en ai trouvé une qui me satisfaisait sur Yahoo Questions/réponses :

«Il y a trois types de personnes dans la vie. Ceux qui savent et qui le savent. Ceux qui ne savent pas et qui savent qu’ils ne savent pas. Et ceux qui ne savent pas et qui ne savent pas qu’ils ne savent pas. Qui est l’heureux élu?»

C’est exactement ça un imbécile heureux. C’est quelqu’un qui affiche son ignorance, avec la conviction intime qu’il s’agit d’une perle de sagesse, s’attendant sincèrement à susciter l’admiration. Récoltant plutôt l’inverse, il se défendra en se qualifiant d’iconoclaste et en pleurnichant sur combien il est difficile, dans notre petit monde carré et obtus, d’être indépendant d’esprit.

Bref, c’est exactement l’impression qui m’est venue en tête en lisant hier le texte de Jérôme Lussier intitulé «Doléances pour un Québec dépassé». Jean-François Lisée y a proposé une réponse très efficace, encore que je considère qu’il ménage Lussier en ne l’attaquant pas sur le fond.

Ça fait longtemps que je réfléchie sur cette drôle de coalition entre libertariens capitalistes et multiculturalistes gauchistes pour mener une guerre tous azimuts contre toute velléité de défendre ou promouvoir notre identité, sous quelque forme que ce soit. Une alliance bizarre entre Jeff Fillion et Vincent Geloso d’une part et Daniel Weinstock et le «all-star crew» des organisations «jeunes» comme Génération d’idées et l’Institut du Nouveau monde d’autres part.

Ça fait longtemps que je me questionne là-dessus et, à tout seigneur, tout honneur, le premier qui a attiré mon attention là-dessus, c’était Mathieu Bock-Côté, autour d’une bière à «La Maisonnée», il y a de cela quelques années. Bizarrerie du contexte, Mathieu écrit là-dessus ces jours-ci, alors que Jérôme Lussier nous offre son trésor d’étourderie.

J’ai souvent le sentiment que ces gens qui prônent avec tant de romantisme «l’ouverture sur le monde» sont souvent singulièrement ignorants de ce qui se passe ailleurs. Que ceux qui démonisent les États-Unis (sauf New York, San Francisco et Austin, Texas) ignorent la créativité et la diversité qu’on y trouve, de même que ceux qui les idéalisent font l’impasse sur la présence de la pauvreté qu’on y voit et sur la fierté arrogante avec laquelle ils affichent leur culture. J’ai l’impression que ceux qui se lamentent que le Québec n’est pas assez «ouvert sur le monde» ignorent commodément que c’est un des peuples sur la planète qui comptent le plus de bilingues et de trilingues et qui exporte le plus sa culture (toute proportion gardée…). Plus encore, les nationalistes sont justement ceux qui affichent le plus de fierté de ces états de fait, alors que nos «ouverts» aiment les décrire comme des caricatures d’individus prostrés, fermés sur eux-mêmes, des espèces de Séraphin perpétuels. Vous auriez du voir la quantité de messages que j’ai reçus, alors que je partais aux États-Unis : «Ouais, un péquiste aux États-Unis… Va falloir que tu parles anglais, tsé…» Ben oui… Et la plupart des péquistes que je connais ont un meilleur anglais que les gens qui votent encore libéral ou ADQ dans le Québec francophone.

Justement, je suis content de parler anglais parce que je voudrais aller dire partout sur la Terre comment mon pays est beau. Et il n’y a pas juste l’anglais dans la vie. J’aimerais lire Don Quichote dans la langue de Cervantès, les Mille et unes nuits en arabe ancien. J’aimerais, comme Indiana Jones, déchiffrer les inscriptions en sanskrit. J’aimerais comprendre les films coréens dans leur langue originale. J’aimerais pouvoir séduire une allemande, une russe ou une suédoise dans sa propre langue. Mais il n’y a que 24 heures dans une journée, 365 jours dans une année et trop peu d’ans dans une vie pour faire tout ça.

Et une autre anecdote tien. Je roule sur l’autoroute, pendant mon voyage. À un moment donné, je prends une sortie pour vérifier mon itinéraire. Devant moi, une immense affiche, sur une grange. Jésus-Christ, les bras en croix, y dit : «Why do you kill my children?» J’aurais voulu la prendre en photo pour pouvoir écrire sur Facebook : «Photo prise dans le deep south… de l’Ontario!» Bref, vous avez des régions du Québec une image fermée et rétrograde? Essayez donc Red Deer ou le Kentucky, juste pour voir…

Bref, beaucoup d’ignorances de la part de Lussier. Ignorance sur l’ouverture du Québec. Ignorance sur la pensée nationaliste. Ignorance sur le degré d’ouverture réelle des peuples qu’on aimerait bien singer.

Lors de mon court passage à la Faculté de Droit de l’Université de Montréal, je m’étais livré à un échange épistolaire avec un confrère dans les pages du Pigeon dissident sur la question du nationalisme. Futur candidat adéquiste et officier du plus haut niveau de ce parti, mon opposant s’était fendu d’un texte où il reprenait un vieux classique du néo-libéralisme identitaire. «Le nationalisme, c’est la guerre.» J’ai répondu en citant Dédé Fortin qui avait dit, quelques temps avant de mourir, que la guerre ne venait pas du fait que chaque peuple défende son droit à exister, mais bien qu’on le lui retire. Je disais craindre une «McDonaldisation» du monde. Je concluais en disant que j’avais l’intention de défendre ma culture aussi chèrement que j’espérais que tous les peuples du monde le fassent pour la leur. Pour le patrimoine de l’humanité.

Ce con m’a alors offert une réponse épique : «Lorsque je suis allé à Tokyo (Sous-texte : «Je suis ouvert, je voyage, moi…»), je suis allé chez McDonald’s et ils vendaient un «Thaï Burger». Comme tu vois, même McDonald’s est sensible aux cultures locales.»

Non mais, vraiment? Le «Thaï Burger» comme concession de McDonald’s à la culture asiatique? Un «burger»? Le «Thaï Burger», au Japon? Merde, s’il y a bien une place où j’aimerais goûter un «Thaï Burger», c’est peut-être bien plus à Montréal qu’à Tokyo!

Bref, chez ces gens, une forme de «tolérance» envers les autres cultures, mais pas la nôtre. Un monde réduit à quelques 4 ou 5 grands groupes culturels, tels l’Anglosphère, «les Europe», les «Asian» et les «Noirs d’Afrique»?

Vous aurez beau me dire qu’il ne faut pas généraliser, mais à partir de ce moment, j’ai décidé de ne plus jamais me laisser définir comme le gars «ignorant-parce-que-nationaliste».

Comme par Raymond Lalonde, ancien directeur du marketing du Canadiens, maintenant chez les Alouettes. Il se vantait d’appeler personnellement le personnel d’animation du Canadiens pendant les matchs pour leur demander plus de chansons de U2, son groupe préféré, élément confirmé par des journalistes l’ayant suivi. Que ce soit pour justifier le refus arrogant de diffuser «Le But» de Loco Locass ou encore sur l’absence du moindre élément de culture québécoise dans la cérémonie du Centenaire (si vous teniez tant à l’anglais, aurait-ce été si terrible, maudit, de mettre Hallelujah de Leonard Cohen plutôt que le thème de Forrest Gump pour le vidéo commémoratif???), la réponse était la même : On évolue dans un marché nord-américain, faut sortir de notre cocon, «s’ouvrir sur le monde».

Bien, n’en déplaise à Lalonde, Montréal est effectivement une exception sur le marché nord-américain.

À New Orleans, au Superdome, plusieurs animations sont en jazz et quand les Saints marquent un toucher, c’est «Ho when the Saints are marching in». Et c’est la fête. À Nashville, lors des matchs des Predators, il y a des animations en country. Et les gens sont fiers. En fait, Montréal est bizarrement le seul endroit que je connaisse en Amérique du Nord où on ne voit pas notre particularisme comme un avantage. Pas de Cowboys fringants, de Bottine souriante ou d’Éric Lapointe au Centre Bell. On veut U2! (Pis un peu de Marie-Mai…)

Pourriez-vous imaginer la discussion suivante à New Orleans :

«Ouain… Le jazz, faudrait pas trop abuser… Le jazz! Le jazz! On parle juste de ça pour faire la promotion de la ville… C’est pas tout le monde qui aime ça, le jazz… Faudrait «s’ouvrir» aux autres musiques, arrêtez «d’imposer» le jazz…

- Ben oui, y en a plein d’autres genres ici… Du blues, du rock…

- Ouain? Pis la hip-hop? Pis le country? Sont où? Tsé, y a peut-être plein de monde qui aiment pas le jazz et qui ne viennent pas ici à cause de ça! Ou qui viennent et qui repartent, parce qu’ils aiment pas le jazz! Je suis sûr qu’ils se sentent brimés…

- Ben oui, mais le jazz, c’est ça qu’on est, c’est notre histoire, c’est notre fierté…

- Ben là, se serait le temps de «s’ouvrir sur le monde» et de moins défendre le jazz…»

C’est caricatural? Bien oui. Le discours des multiculturalistes aussi.

On est ce que l’on est, autant l’embrasser. Ce n’est pas un boulet. C’est notre richesse. Montréal est Montréal parce qu’il est français. C’est ça notre point pour nous démarquer. Sans le français, on ne devient pas New York. On devient Cincinnati, comme le soulignait encore récemment Bock-Côté. Au lieu de voir le français comme une affaire fatigante à défendre, peut-on enfin en faire une vraie fierté, un porte-étendard? Pas besoin d’appeler Clotaire Rapaille pour nous «rebrander»! Notre marque de commerce, on l’a déjà!

Alors, c’est ça. Lorsque je lis des textes comme celui de Lussier, j’ai juste le sentiment que ces gens-là sont singulièrement ignorants du monde dans lequel ils vivent. Qu’ils sont assis sur une richesse alors qu’ils voient le Québec comme Job sur son tas de fumier. Ils se trouvent tellement ouverts. Mais leur vision du monde est tellement partielle.

Bref, en terme d’imbéciles heureux, le Québec avait déjà ses Elvis Gratton. Il a maintenant ses Jérome Lussier. Plus polis, plus lisses, plus branchous, plus présentables. Mais tout aussi ignorants et méprisants envers ce que nous sommes.

Un peu plus d’amour que d’ordinaire

3 déc

Halala!

L’intimidation, ces jours-ci, tout le monde en jase, tout le monde a une opinion là-dessus, tout le monde s’y intéresse.

Ben bravo gang! Vous étiez trop occupés à illuminer des building en rose et à vous regarder la moustache pousser pour savoir que, jour après jour, y a des jeunes qui mangent de la marde en maudit dans nos écoles et qui haïssent leur vie? Ça arrivait aussi, avant que Marjorie ne devienne un enjeu, vous savez…

Ha puis, puisqu’on en parle, c’était la Journée mondiale du Sida cette semaine. Vous savez, la maladie dont on ne parle plus? L’hécatombe quotidienne en Afrique? La maladie qui vous a déjà fait peur, mais plus tant aujourd’hui, mais qui vous astreindrait à une médication beaucoup plus contraignante que l’insuline en plus de vous priver d’une chance de reproduction responsable? Le Ruban rouge, mère de tous les autres rubans et/ou carré?

Bon, je le savais bien que vous vous en sacrez. Nous aussi (i.e. la collectivité), on s’en sacre.

Je vous le prédis, dans une semaine d’ici, plus personne ne parlera d’intimidation. On en sera sur une autre cause. Vous en doutez? Parlez-en à la Guignolée des médias qui a du vivre sa journée annuelle dans l’ombre, après avoir elle-même out-casté sans gêne la journée mondiale du Sida. Parlez-en en fait aux gens qui luttent contre la pauvreté à l’année longue.

«Ouais, Claude, t’es frû là, on le comprend, personne ne dit que ces causes-là ne sont pas importantes, c’est pas ça, mais où c’est que tu veux en venir???»

Le point où je veux en venir c’est, arrêtons d’être indifférents.

Arrêtons de passer d’une cause à l’autre.

Arrêtons de consommer notre indignation.

Changeons la façon dont nous vivons notre vie.

D’une illumination de building à une pilosisation de faciès à l’autre, en passant par le Défi tête rasée. (Notre société est obsédée par le poil, on dirait…) Au lieu de chercher à flasher sur l’enjeu du moment parce que c’est trendy, prenons donc juste soin des gens qui nous entourent.

Je m’explique.

L’autre jour, j’ai vu des gens que je respecte beaucoup publier la photo et le nom de la «responsable» alléguée de la mort de Marjorie.

J’en ai vu d’autres, normalement auto-proclamés apôtre du bon goût, applaudir.

Bravo gang. Puisque vous incitez au suicide une jeune fille parce qu’elle a incité au suicide d’une autre, suivant votre logique, nous devrions vous inciter vous-mêmes au suicide. Vous êtes de vrais champions.

Hors de moi, choqué, je me suis lancé dans la rédaction d’un long billet, un peu larmoyant. «J’ai déjà été victime d’intimidation à l’école.» «Ça met aussi arrivé d’être le bully.» Je l’ai envoyé à une de mes amies, elle m’a répondu : «Je pleure.» Je me suis dit : «Pas sûr que c’est la contribution que je veux avoir dans le débat…»

Et pendant ce temps, notre belle société de «bully» a continué de cogner la tête de la petite blonde dans les casiers.

Il y a Laurent Paquin qui a fait oeuvre fort utile avec son petit vidéo qui a connu une carrière météorique sur Facebook.

Et les gens débattaient. «Ben là, il faut agir, mais comment?» «Le gouvernement a pas d’affaires là-dedans!» «On a juste à leur montrer à se défendre!» «Les intimideurs sont tout autant des victimes!» «C’est les jeunes qui ont la solution!» Comme si l’intimidation n’avait pas toujours existé et que, en fait, ce sur quoi on peut agir, c’est sur l’attitude des adultes autour.

Puis j’ai écouté. J’ai passé la semaine à me poser la question, à écouter les témoignages. J’étais bien émotif.

Y a de vraies histoires d’horreur dans tout ça… Moi qui me disait victime de «bullying», je me trouvais bien chanceux.

Dur à entendre dans certains cas. Je trouvais les gens très courageux. C’est pas facile à dire «J’ai déjà été victime d’intimidation.» J’ai essayé et je n’ai pas réussi. Et plus tard, j’ai compris.

Laurent Paquin, dans son vidéo écrit : «Je n’ai jamais été intimidé, je n’ai jamais été un intimidateur et j’en suis fier.» Et puis après, il a donné une entrevue. «Moi ce que ma mère me disait quand… Ben quand ça met arriver de me faire… écoeurer… un peu…» Et plus tard : «Moi, je n’ai jamais intimidé personne… Ben en tout cas, j’espère n’avoir jamais blessé personne avec mes blagues…»

C’est là que j’ai compris. Au fond, on a tous parfois été tantôt l’intimidé de quelqu’un, d’autres fois l’intimideur de l’autre. On a tous parfois été bêtes et méchants. Ça nous est tous déjà arrivé de ne pas savoir comment nous défendre. Même pendant notre vie adulte. Mais c’est dur de l’avouer. On le fait du bout des lèvres. Enfin, certains le font avec courage et conviction et il faut le saluer. C’est la première manière d’agir. Et, prenez le temps d’y penser : Si vous deviez choisir entre que votre enfant soit un intimidé ou un intimideur, que préfèreriez-vous? Pas besoin de répondre. On est une société de bully…

Alors je vais arrêter de me sentir coupable et je vais le faire.

J’ai déjà vécu des épisodes d’intimidation.

J’ai déjà intimidé des gens. (Et en passant, dans ces moments-là, non, je n’étais pas une pauvre victime qui avait besoin d’aide pour combattre son mal-être. J’étais juste bête, méchant et égoïste. J’ai vieilli et je me suis trouvé con, comme ça m’arrive encore parfois de me trouver con.)

Bref, comme tout individu, j’ai été exposé et j’ai participé à la méchanceté ambiante de notre société. C’est la vie.

Le bon sauvage n’existe pas. Les enfants ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas. Les adolescents sont obsédés par l’idée de se conformer au groupe. Devenir un adulte, c’est passer à travers ça. Et le dépasser. Franchir en 20 ans ce que l’humanité a mis des milliers d’années à faire. Et ne pas y arriver parfaitement, continuer de parfois manquer d’empathie et d’humanité. Garder quelques préjugés.

Je ne cherche pas à minimiser. Pour certains individus, l’intimidation prend l’allure d’un calvaire quotidien qui n’en finit plus et qui marque à vie. D’autres qui ont un besoin pathologique de blesser et de faire mal pour se sentir vivant et qui ont besoin d’aide.

Mais, vous l’avez vu avec l’histoire de Marjorie, c’était une jeune fille populaire, qui plaisait aux garçons et qui a vécu un événement difficile, suivie d’une mauvaise passe, fatale. Ce n’est pas exactement le stéréotype de la victime de «bullying». Sans doute que ça lui est arrivé, à elle aussi, de ne pas être fine avec des gens. Mais voilà, elle a appelé à l’aide et elle n’en n’a pas reçu. C’est là qu’on a échoué, comme société.

Tout ça pour dire que, il y a des manières d’agir. Et c’est pour insister là-dessus que j’ai fini par me décider à publier un billet.

Agissons.

Si vous avez des jeunes dans vos contacts Facebook, soyez donc attentifs à ce qu’ils y écrivent.

Le temps des fêtes s’en vient. Si vous avez un ado dans votre entourage, prenez donc du temps pour lui parler. Au lieu de lui dire «Bientôt le moment de s’inscrire au CEGEP, va falloir que tu te décides!», essayez donc de savoir ce qui le fait tripper et ce qui l’intéresse.

Mais surtout, arrêtons de répandre la haine. De jeter notre dévolu sur la fille qui aurait bien pu être celle qui se serait suicidée. De dire qu’on va montrer aux jeunes à se battre et qu’ils vont pouvoir se défendre. Ça ressemble à la logique américaine : «Si tout le monde avait des guns, les gens pourraient se défendre contre les tireurs fous…»

Et surtout, écoutez. J’ai trouvé très enrichissant cette semaine de discuter avec des gens qui travaillent là-dedans. Une amie intervenante dans une école. Une autre qui travaille en prévention du suicide. Une cousine qui est prof.

Informez-vous. Il y a des gens qui font un travail admirable dans nos écoles. Mais ils ont besoin de notre soutien, de plus de ressources. C’est là qu’un gouvernement peut agir.

C’est beau ce qu’on vit en ce moment. On débat, on s’informe. On pose enfin dans notre société des questions essentielles. Je pense qu’après, on sera meilleur collectivement. On sera plus attentif aux autres. À nos jeunes, mais pas juste à eux.

Bref, qu’on s’offre un peu plus d’amour que d’ordinaire.

Et qu’on essaie de ne pas l’oublier lors de la prochaine cause qu’on en sera à consommer.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 2 578 followers