
Explication de la présence de l'homme sur Terre ayant la même valeur que la théorie de l'évolution, selon le programme d'ECR
Au tournant de la nouvelle année, je cherchais une manière de souligner ce passage sur mon blogue, autrement qu’en remettant des prix genre «coups de cœur» ou «citron». (J’ai toujours trouvé ça un peu prétentieux et convenu…) J’avais entrepris plutôt de faire une liste des choses qui m’énervent quand je lis. Finalement, j’ai abandonné, j’avais trop de matériel. Et je trouvais ça pisse-vinaigre en plus. Après tout, c’est le Jour de l’an…(J’aurais pu commencer une série de courts billets toutefois… À méditer…)
Tout ça pour dire que j’ai pensé commencer ce texte en l’intitulant «Pour en finir avec le cours d’ECR». Mais je me suis ravisé. Ça fait partie des choses qui m’énervent, les textes intitulés «Pour en finir avec…». Heille, mon ptit cerveau? Penses-tu vraiment que tu vas boucher tout le monde et ramasser le débat, avec ton blogue lu par 28 de tes amis?
Personnellement, je n’ai pas autant de respect pour ma propre opinion. Je ne prétends surtout pas qu’elle est complète, qu’elle couvre tous les aspects du débat. Ceci dit, dans celui qui a court il y a, encore une fois, des éléments qui m’énervent et je me suis dit que ce serait faire œuvre utile que d’en souligner quelques-uns… Bien humblement, cela s’entend!
1- Le mythe de l’enseignement religieux unidimensionnel
J’entends un certain propos, venant des défenseurs du cours d’ECR, présentant celui-ci comme une solution incontournable à l’unidimensionalité catholique qui avait court avant la réforme. À les entendre, avant ECR, les écoliers québécois étaient prisonniers de l’enseignement du petit cathéchisme, prodigué d’une manière solidement encâdrée par les autorités cléricales.
Puisque j’ai fait mon cours secondaire dans une école privée catholique, je pense que je suis bien placé pour nuancer ce propos. En enseignement religieux, au secondaire, je me rappelle très bien avoir eu à faire des travaux sur les autres religions. (J’avais pris le mormonisme. Y avait eu de la chicane à savoir qui prendrait le satanisme…) Nous avions eu un exposé oral à faire sur les ITS également. (Ça rivalisait d’acétates montrant les éruptions les plus purulentes…) On nous donnait des travaux, des réflexions à faire sur la pauvreté, la diversité (oui!), nos rêves, nos ambitions. Tout ça en enseignement religieux. Oui, oui! Non, on ne nous collait pas perpétuellement le nez dans la Bible et on ne nous en faisait pas apprendre les versets par cœur.
Certes, tout cela était souvent accompagné de la lecture d’un texte religieux. C’était le cadre… N’empêche. Mon école avait la bonne pratique d’organiser une journée où nous étions libérés de nos cours, (en secondaire 3 et 4, je ne me souviens plus…), alors qu’un professeur accompagné de sa conjointe répondaient à toutes nos questions concernant l’éducation sexuelle. Les mystères de la contraception m’ont donc été exposés, sans biais et sans états d’âme par le même professeur qui me donnait non seulement l’enseignement religieux, mais qui était en plus directeur de la pastorale de l’école. (Il nous avait également dit que c’était un mythe que de penser que deux partenaires, dans un bain, pouvaient, par un phénomène de succion, se retrouver… M’enfin, vous comprenez…) Je peux dire également que, dans ce fameux bureau de la pastorale, j’ai trouvé bien plus souvent des conseils éclairés et des encouragements avisés que des paroles d’Évangile. Celui que j’y ai rencontré, ça a bien plus souvent été moi-même que le bon Dieu. Dans mon expérience, les agents de pastorale ont valu bien des travailleurs sociaux (en tout respect pour les TS, que j’aime beaucoup aussi, par ailleurs…).
Où est-ce que je veux en venir? C’est que c’est bien possible que, comme société, on soit rendu à décider que les valeurs chrétiennes ne doivent plus servir de cadre à tout ceci. Ceci dit, cessons de prendre pour a-priori, pour justifier ce changement, que le système précédent faisant l’impasse sur la diversité religieuse, les questions d’ordre éthique ou moral, en plus d’enfermer nos jeunes dans une bigoterie dépassée. Non, on ne m’a pas appris en enseignement religieux que la théorie de l’évolution était une vaste fumisterie et que le monde avait en fait été créé en sept jours…
2- Le programme «n’enseigne» pas d’autres religions
C’est quelque chose que j’entends venant des opposants au programme, que de dire qu’ils ne souhaitent pas que leurs enfants soient exposés, à un si jeune âge, à d’autres récits religieux.
Ne vous en faites pas : votre enfant ne deviendra pas musulman! Il ne deviendra pas non plus un adepte de Guru Nanak… Il se pourrait même qu’il demeure un bon chrétien, si tant est que vous le souhaitiez et que vous soyez un parent qui comprend que, pour transmettre ses valeurs à son enfant, il faut passer un tant soit peu de temps avec lui, en faisant autre chose que de le pluguer sur sa Wii. Le but du cours n’est pas de «vendre» à vos enfants une nouvelle foi religieuse, mais de lui expliquer que, en ce bas-monde, il y a tout plein de monde qui croit à tout plein de choses. Le cours n’a pas pour vocation d’enseigner «l’islam», «le christianisme» ou «le judaïsme», il a pour but d’exposer ces expressions de la foi pour aider à mieux comprendre ceux qui les vivent.
J’ai également plutôt tendance à faire confiance à ceux qui nous disent que le rôle du christianisme comme tradition fondatrice du Québec n’est pas oblitéré. Je suis ce genre de naïf là. Que voulez-vous, je suis de bonne foi! (Excusez-la!!!)
3- Ceci dit, le programme a bel et bien une orientation idéologique
On avait dit beaucoup de mal de l’étude mon amie Joëlle Quérin, publiée il y a quelques années, sur le cours d’ECR. On s’en était pris à elle à cause de ses affiliations idéologiques et des bailleurs de fonds de son étude. Attaques ad hominem, facile à contrer. La critique qui fût moins bien répondue est venue de ceux qui accusaient Quérin de ne pas s’être penchée sur la réalité qui avait cours dans les classes, de ne pas être allée à la rencontre des enseignants qui prodiguaient ce cours. On lui reprochait également d’avoir citer Richard Martineau dans son travail. (C’est pas beau ça, Richard Martineau…)
Or, l’objectif de Joëlle avec sa recherche a toujours été très clair : en effectuant une revue de littérature des propos et des écrits de ceux-là mêmes qui avaient pensé et conçu ce cours, elle cherchait à identifier quelles étaient leur intention. Il s’avérait que, de manière très candide, très intègre et très assumée, les différents acteurs expliquaient que leur intention était bel et bien de gagner, dès leur plus jeune âge, nos tout-petit aux vertues du multiculturalisme. À travers des idées comme «la reconnaissance de l’autre», un des intervenants allaient jusqu’à dire qu’il fallait expliquer à nos jeunes qu’il n’y avait pas de pratiques religieuses qui n’étaient pas acceptables. Ça, ça va même plus loin que la très molassonne attitude de notre très libéral gouvernement à l’égard des accommodements religieux…
Le multiculturalisme n’est pas le seul modèle de gestion de la diversité. J’irai même plus loin et je dirai que ce n’est pas le seul qui porte en son sein des vertues comme l’ouverture et la générosité. En fait, je suis de ceux qui croient plutôt que le multiculturalisme amène l’isolement et la dissolution du collectif. Bon, vous pouvez être d’accord ou pas avec moi. Je veux juste mettre une chose en relief : c’est que le multiculturalisme est un choix idéologique et que, bien qu’il soit permis d’en débattre, certains ont plutôt souhaité et agi pour que celui-ci soit un jour considéré comme un absolu par tous et chacun. Je le répète, vous pouvez être d’accord ou pas. Mais c’est un choix idéologique et il faut l’admettre. C’est le seul point que je veux démontrer ici.
On me rapporte d’ailleurs que l’acceptation de la diversité constituait le coeur de la plupart des projets pédagogiques des écoles francophones de l’ouest de l’île de Montréal. Et le civisme? Le respect de soi et des autres? La transmission de la culture québécoise? L’environnement, à la limite? La diversité, je veux bien, mais est-ce vraiment la vertue cardinale qui doit définir notre société? La diversité culturelle, il me semble, c’est une réalité du Québec. Pas un projet de société en soi-même. Et d’ailleurs, on l’emmène vers où, cette société diversifiée? Personnellement, moi, c’est beaucoup plus ça qui m’intéresse…
Il en va de même avec le relativisme. On rapportait un exemple, celui d’un exercice dans un cahier d’ECR de 3e année du primaire, où on exposait les choses comme suit : «Les chrétiens pensent que le monde a été créé en 7 jours. D’autres que l’humanité est le fruit d’un long processus d’évolution. Certains croient même que ce sont des extraterrestres qui ont amené la vie sur la terre! Toi, qu’en penses-tu?»
Écoutez, avant d’aller plus loin, je vais le dire une fois pour toutes : je m’assume encore comme un chrétien. Or, j’adhère à la théorie de l’évolution à un point où je ne saurais même tolérer que, dans notre système scolaire, on admette qu’une autre option soit possible. (C’est comme la guerre que mênent les fondamentalistes américains pour ramener l’enseignement du dessein intelligent à l’école, mais à l’envers.) En outre, je refuse que les élucubrations raéliennes ou scientologiques trouvent leur place dans un cours qui a pour but, en utilisant le récit des grandes traditions religieuses, de sensibiliser les jeunes à la diversité. Et surtout, en conclusion, je l’aime bien moi, le ti-poute qui rempli cet exercice à l’école, mais à vrai dire, on s’en sacre un peu de son «toi, qu’en penses-tu?». L’évolution, c’est un fait scientifique. Il y a des nuances, la sélection naturelle, différentes approchent, les chaînons qui manquent, les trous dans l’arbre, la génétique qui joue un rôle, mais il y a une réalité : il n’y pas de grand géant ou d’extraterrestres qui nous ont shooté sur la terre, on n’est pas là depuis seulement 5000 ans et on n’a pas côtoyé les dinosaures. That’s it, that’s all. Pour le reste, croyez ce que vous voulez, mais ne venez pas dire à nos enfants que tout ceci s’équivaut.
Revaloriser le sentiment de compétence de l’élève quant à sa capacité de réflexion personnelle, un des objectifs de la réforme, je veux bien. Mais se dégage de tout ça une espèce d’ambiance où on dit à l’élève que tout ce qui sort de sa caboche a un caractère merveilleux. On voudrait enseigner aux jeunes que toutes les idées ont le droit de s’exprimer dans la vie, on finit plutôt par lui faire comprendre que dans la réalité, il n’y a pas de vérités absolues ou de faits qu’on doit considérer comme avérés. Tant qu’à ça, rendons obligatoire le visionnement de «The Matrix» à l’école, je trouve que ce serait encore plus pédagogique…
Bref, à chacun sa vérité, chacun sa compréhension du monde, mais à une exception près : la reconnaissance de l’autre, la diversité, le multiculturalisme.
En conclusion : On a tu vraiment besoin de ça?
Je l’ai évoqué plus tôt, notre société s’est sécularisée, elle a voulu (et elle veut de plus en plus) séparer ce qui concerne la religion de l’action de l’État. Et c’est bien correct. Alors justement, a-t-on vraiment encore besoin d’un cours consacré à la spiritualité dans notre cursus scolaire? Mais oui, je sais bien, le fait religieux, c’est une réalité importante dans notre monde et il faut que les enfants y soient sensibiliés. Mais est-ce plus important que la théorie économique? Que la compréhension des différents courants idéologiques? Que l’enseignement du RCR? Que la langue française, quand on voit comment nos jeunes écrivent et du peu de place qu’on accorde à la littérature dans notre société? Que la langue seconde, obsession de notre temps? Que l’enseignement d’une 3e langue? Que l’éducation physique, à la vue nos taux d’obésité? Que l’éducation sexuelle, enfant pauvre de la réforme?
Personnellement, je m’intéresse beaucoup aux sciences religieuses. Mais au nom de quoi celles-si sont-elles devenues si importantes qu’elles nécessitent, à elles seules, un cours en lui-même et ce dans chacune des onze années des cours élémentaires et secondaires, alors que la politique, l’économie, l’histoire et la géo peuvent bien s’accommoder d’être abordées ici et là, mais pas à tous les ans? Si on veut revaloriser l’élève et son autonomie, à la limite, pourquoi nos enfants ne disposeraient pas, dans leur cursus scolaire, de périodes encadrées pour exprimer leurs rêves, leurs ambitions, concevoir des projets qui leur tiennent à cœur et les mener sur le long terme? On cherche justement des moyens de garder nos jeunes à l’école…
En définitive, le cours d’ECR avait pour ambition d’offrir une transition à l’enseignement moral et religieux. Super. C’est fait maintenant. Pour l’avenir, mettons donc fin au débat et «sacrons» son contenu dans le reste du volet «univers social». (Je suis assez fier de mon choix de verbe…)
Bref, mon texte aurait bel et bien plus s’appeler : «Pour en finir avec le cours d’ECR.»
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