Mes amis, vous m’avez fait ressentir beaucoup d’émotions ces derniers jours. En publiant mon billet, lundi après-midi, alors que j’étais dans le train entre Montréal et Québec, je ne m’attendais à rien en particulier.
Habituellement, je publie, une dizaine d’amis fidèles partagent mon billet. Je me rends habituellement à environ 400 visites par billet. J’ai pas un gros bassin. Je suis quand même assez nobody.
Mais depuis lundi, c’est comme une déferlante. Quand ça a atteint le 2000 visites uniques sur le billet, j’ai compris que quelque chose se passait. Je voyais des gens que je ne connais pas publier le billet sur Facebook. Des gens m’écrivaient qu’ils avaient pleuré en lisant mon billet. «C’est tellement exactement comme ça que je me sens!) D’autres qu’il fallait être vraiment courageux pour écrire des choses pareilles. (Ha ouais? J’ai tu ben faite, moi là, d’abord…)
Bref, j’étais un peu sonné.
Aujourd’hui, à 19h12, mon billet a atteint le 10 000 clics. Il a été partagé plus de 1000 fois sur Facebook. Il est dans les billets phares de WordPress depuis hier matin. Pour un texte de près de 2000 mots, c’est vachement rare…
Je le dis sans prétention. Je n’en ressens pas de fierté particulière. C’est comme si ce billet avait cesser de m’appartenir et que vous vous l’étiez approprié.
À vrai dire, je suis très troublé par ce succès. Là, ça va sonner un peu prétentieux, mais ça me trouble d’avoir eu autant raison. Au nombre de «merci» que j’ai reçus, je suis abassourdi de constater à quel point j’ai mis le doigt sur quelque chose de précis et de réel.
Je vous explique pourquoi.
La logique générationnelle
Je me suis toujours opposé au développement d’un discours politique générationnel. Lorsque j’étais président du CNJPQ, je sentais bien que ça décevait mes membres que je ne souhaite pas parler «au nom de MA génération». Je ne m’en sentais pas la légitimité. J’ai toujours condamné le discours disant que «la souveraineté, c’est MA génération qui va la faire». On a des ambitions nationales, gang. On a déjà de la misère à avoir un dialogue avec nos frères issus de l’immigration. On va se mettre à dire que la souveraineté, c’est notre patente à nous, les jeunes? Ça ne peut pas fonctionner…
Je rejettais le discours générationnel et je le rejete toujours d’ailleurs.
«Ben oui, mais maudit tata… C’est quoi ce billet-là d’abord?»
La guerre générationnelle, je ne l’appuie pas. Je ne la souhaite pas. Mais je constate qu’elle existe et j’aimerais trouver un moyen d’y mettre fin.
Mais oui, je suis bien embêté de m’être retrouvé comme un porte-parole de la fracture générationnelle…
Vous savez, pour un texte qui a été lu à 10 000 reprises, je suis surpris du faible nombre de commentaires négatifs que j’ai eu. (Ça aussi, ça sonne prétentieux… Mais je trouve pas ça hot, je suis troublé, je vous le dis…) Trois amis, qui se sont dits mal à l’aise que je gratouille le bobo générationnel. Une autre personne, que je ne connais pas, qui m’a écrit de très belle façon que je tombais dans le piège de la division, que le problème est ailleurs, que la logique de la société de consommation et nos gouvernants cherchent justement à exciter ce genre de division pour maintenir leur pouvoir. (Si ça vous intéresse, Marc Fiset, dans les commentaires.) Je trouve cette voie très intéressante et j’accepte de maintenir le dialogue là-dessus. (On est devenu ami Facebook…)
Ici, je tiens à le dire : je ne suis pas un intellectuel, je ne suis pas un universitaire de haut-niveau. Je ne puis citer les auteurs. Je suis un observateur très humble qui partage ses réflexions sur un blogue habituellement peu fréquenté.
Donc, si ce billet a eu un tel retentissement, c’est qu’il falait qu’il nomme un malaise réel, ressenti. Les jeunes sentent qu’ils se font faire la guerre. Ce sentiment-là, il faut le nommer, il faut mettre des mots dessus! Si on ne le fait pas, on va «grandir en colère» (quel grossier anglicisme…), les frustrations vont s’accumuler et, un jour, le dialogue ne sera juste plus possible.
C’est donc ce que je souhaite. Qu’on se remette à jaser, entre les générations. Si je n’ai qu’un souhait à formuler, c’est que si vous avez aimé ce billet, vous le fassiez lire à vos parents. Que vous en discutiez avec eux. Que vous leur disiez qu’on ne cherche pas à accuser les boomers de quoi que ce soit. Que c’est plutôt qu’on ne comprend pas la manière dont on se fait traiter dans l’espace public, que ce soit lorsque l’on parle de fonds de retraite, de iPad ou de «moi, je me payais pas ça l’Internet dans mon temps…».
Bref, je constate une guerre générationnelle et je souhaite qu’elle cesse. Pour y arriver, il faut la nommer, même si ça dérange.
Une grande hésitation
Puisqu’on parle des parents…
Un autre truc qui m’a mis mal à l’aise et qui m’a fait beaucoup hésiter avant de publier mon billet, c’est que je craignais que les gens pensent que j’y livre la manière dont je perçois mes propres parents. Ou pire encore, qu’ils le pensent eux-mêmes. Mon père essaye de m’appeler depuis hier et je ne réponds pas parce que j’ai peur qu’il veuille me chicaner…
Je tiens à le préciser tout de suite : mes parents sont le contraire absolu de ce que j’ai voulu dénoncer dans mon blogue.
Mes parents m’ont donné toutes les opportunités, tous les moyens, tous les encouragements pour que je puisse développer mon potentiel. Ils m’ont accordé plus de secondes chances qu’un humain normal a le droit d’espérer. Ils m’ont appuyé dans tous mes plans de bolo. Vraiment, je n’ai rien à redire.
Évidemment, ce sont bien d’authentiques boomers, avec certains travers. Dans ma «tirade du boomer», dans mon texte, j’ai retiré la phrase «Je vais continuer d’acheter mon café chez Costco» pour éviter de les cibler trop directement. (Hihihi…)
Mais en gros, je sais la foi que mes parents ont dans la jeunesse. Ma mère pète un plomb à chaque fois qu’elle voit la pub de Wawanessa «Feriez-vous confiance à une jeune compagnie d’assurances?» et des filles de mon âge me rapportent tout ce qu’elle a fait pour aider les jeunes à faire leur place dans son milieu de travail, avant sa retraite. Et je ressens encore trop la déception de ne pas avoir pris la relève de mon père pour ne pas savoir à quel point ce gars-là a été soucieux de m’offrir les plus belles chances dans ma vie.
Bref, personne n’est parfait. Mais il y a de bons exemples. Mes parents en sont. C’est peut-être parce que j’ai conscience du fait d’avoir des parents aussi exceptionnels que je ressens avec autant d’acuité le poids du discours que je reçois du reste de la collectivité. Et je leur dis merci d’avoir fait de moi un citoyen qui sait s’indigner, qui a les moyens de le faire et de m’avoir transmis ce petit talent de trouver les mots pour le dire.
Voilà.
À vous qui, nombreux, avez pris quelques minutes pour lire un autre de mes trop peu concis billets, je vous dis merci aussi.
J’espère surtout avoir été utile. Un peu.
Et à bientôt, pour d’autres discussions. Même si c’est pour être un peu troublant…








